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JOURNAL ASIATIQUE
NEUVIÈME SÉRIE
TOME X
JOURNAL ASIATIQUE
NEUVIÈME SÉRIE
TOME X
JOURNAL ASIATIQUE
RECUEIL DE MÉMOIRES
D'EXTRAITS ET DE NOTICES
RELATIFS À L'HISTOIRE, À LA PHILOSOPHIE, AUX LANGUES ET À LA LITTÉRATURE DES PEUPLES ORIENTAUX
ET PUBLIE PAR LA SOCIETE ASUTEQUE
NEUVIÈME SÉRIE TOME X
PARIS
IMPRIMERIE NATIONALE
ERNEST LEROUX, ÉDITEUR
HUE BOIIAP*nTB. l8
M DCCC XCVII
o^
JOURNAL ASIATIQUE
JUILLET-AOÛT 1897. PROCÈS-VERBAL
DE LA SÉANCE GÉNÉRALE DU 22 JUIN 1897.
La séance est ouverte à 3 heures et demie sous la présidence de M. Emile Sénart, vice-président, en Tabsence de M. Barbier de Meynard empêché.
Sont présents : MM. de Charencey, Devéria, Karppe, M. Schwab, Houdas, Barth, Meillet, M. Courant, J. Halévy, J. Vinson, R. Duvai, J.-B. Chabot, Perruchon, F. Nau, Carra de Vaux, Finot, Cabaton, H. Cordier, Blochet, Specht, Guimet, Ay- monnier, membres; E. Drouin, secrétaire adjoint.
Le procès-verbal de la séance du i8 juin 1896 est lu; la rédaction en est adoptée.
Au début de la séance, M. le Président se fait Tin- terprète des regrets qu'inspire certainement à tous Tabsence de M. Barbier de Meynard ; il n est heureu- sement retenu loin de nous que par une indisposition légère. Il est un autre vide bien sensible que laisse dans le bureau Téloignement de notre secrétaire , M. Cha- yannes. Nous espérons bien que cette séparation sera courte, et nous envoyons à un confrère, qui est entouré ici dune si haute et si affectueuse estime, nos vœux les plus ardents de prompte guérison.
6 JUILLET-AOÛT 1897.
M. le Président rend un dernier hommage à la mémoire de M. Antoine d'Abbadie^ décédé à Paris au mois de mars dernier, le doyen de la Société asia- tique dont il était membre depuis 1 838. Né en 1 8 1 o , M. d^Abbadie est parti jeune pour TAbyssinie où il a vécu jusqu'en i85o', se livrant à des travaux de linguistique, de géographie et d'astronomie. La plu- part de ses études sur les langues éthiopiennes ont paru dans notre Journal de 1 889 à 1 878. Il a publié séparément : en 1869, le Catalogue des manuscrits éthiopiens de sa collection , qui était le premier cata- logue français de ce genre; en 1868, un Mémoire sur la numismatique éthiopienne et, en 1881, un Dictionnaire de la langue Amarigna.
Membre de T Académie des sciences, M* d*Ab- badie avait reçu, en janvier 1896, la médaille dor fondée par Arago. M. d'Abbadie est le fondateur des études éthiopiennes en France et, quoique très oc- cupé par ses travaux purement scientifiques , il était toujours resté en relation avec les éthiopisants plus jeunes, les encourageant de ses conseils et de son expérience.
n est ensuite procédé à l'élection de divers mem- bres de la Société asiatique. Sont reçus :
MM. Georges Lecomte, élève de l'Ecole des langues orientales , demeurant à Paris , rue de Lan- cry, 1 y ; présenté par MM. Devéria et Cha- vannes. Paul Pelliot, élève de l'Ecole des langues orien- tales, demeurant à Paris, Grande rue de
SÉANCE GÉNÉRALE. 7
Saint-Mandé, 69; présenté par MM. Cha- vannes et Devéria.
Le R. P. Boyer (Auguste), de la Compagnie d Jésus, demeurant à Paris , rue de Sèvres , 35 ; présenté par MM. Sylvain Lévi et Sénart.
Cabaton (Antoine), de la Bibliothèque natio- nale , demeurant à Paris , rue d'Amsterdam , 49 ; présenté par MM. Finot et Sylvain Lévi.
Serruys (Washington), attaché au Consulat gé- néral de Belgique, à Beyrouth (Syrie); pré- senté par le P. Cheikho et le D' J. Rouvier. M'** Delphine Menant, demeurant à Paris, rue de Madame 68, présentée par MM. H. Cordier et Barbier de Meynard.
M. R. Duval lit le rapport de la Commission des censeurs sur les comptes de 1896; M. le Président remercie, au nom de la Société, les membres de cette Commission et de la Commission des fonds.
M. R. Duval donne ensuite lecture d'un Mémoire sur la poésie syriaque et M. Courant fait une com- munication sur la Ballade mimée et le théâtre en Corée,
n est procédé au dépouillement du scrutin pour la nomination du Bureau et du Conseil. Les mem- bres sortants sont réélus à Tunanimité.
Avant de clore la séance, M. le Président rap- pelle que le Congrès des orientalistes tiendra sa pre- mière assemblée le 5 septembre prochain et il espère retrouver la plupart des membres de la Société, si ce n'est tous, à cette réunion.
La séance est levée à 5 heures et demie.
8 JUILLET-AOÛT 1897;
RAPPORT
DE LA COMMISSION DES CENSEURS
SUR LES COMPTES DE L^E]LERGIGE 1896, LU DANS LA SEANCE GENERALE DU 22 JUIN 1897.
Messieurs,
Les finances de notre Société présentent un état satisfai- sant et le fonds de réserve continue de s*accroître. Le compte courant arrêté au 3i décembre 1896 se soldait par une somme de 25,5 1 7 francs au crédit de la Société ; cette somme a pu , sans inconvénient , être employée presque entièrement en valeurs mobilières et, au 3i décembre dernier, nous avions encore une somme de io,434 francs en fonds dispo- nibles.
Les dépenses et les recettes diffèrent peu de celles des années précédentes. Les recettes accusent un excédent de près de 2,006 francs sur les recettes du dernier exercice; cet excédent provient en partie de la rentrée des cotisations ar riérées , en partie du revenu de notre fonds de réserve. Ce revenu aurait même été plus élevé s*il n'avait subi une dimi- nution par suite de la conversion de la rente française et de la vente des obligations 5 0/0 des chemins de fer de l'Est.
Les cotisations de 1896 montent exactement au même chiffre que ceUes de 1895. S'il n*y a pas augmentation dans le nombre des membres qui payent la cotisation annuelle, il n'y a pas non plus de diminution. Les abonnements au Journal sont un peu plus élevés, 128 au lieu de 112. La vente de nos publications se maintient aux environs de 5oo francs.
RAPPORT DES CENSEURS. 9
Il a été recouvré quarante-trois cotisations arriérées. Cette année nous ne trouverons plus aux recettes la subvention de 3,000 francs prélevée sur le fonds des impressions gra- tuite qui a été supprimé. Nous, recommandons vivement à nos collègues d'être exacts dans le payement de leurs cotisa- tions , afin de rendre plus légère la perte que la suppression de cette souscription fait éprouver à notre Société.
Somme toute , nous avons lieu , Messieurs , d*étre satisfaits de notre situation financière. Nous nous plaisons à recon- naître que nous la devons à la vigilance de notre Commission des fonds.
R. DUVAL, 0. HOUDAS.
10 JUILLET-AOÛT 1897.
RAPPORT DE M. SPECHT,
AU NOM DE LA COMMISSION DES FONDS,
ET COMPTES DE L'ANNÉE 1896.
Messieurs ,
Votre commission des fonds a cru devoir placer la plus grande partie du compte courant se montant au 3 1 décembre 1895 à 35,517^.76. Nous avons acheté ko obligations Lyon fusion 3 p. 0/0, 10 obligations de la Compagnie des wagons-lits et une obligation de la Compagnie des Messa- geries maritimes, pour la somme de 2^,367 fr. 10. Cet ac- croissement du fonds de réserve vient en compensation des pertes que nos revenus ont subies par la conversion des rentes françaises et la vente de nos obligations du chemin de fer de l'Est ( 5 p. 0/0).
Il ne faudrait pas croire que les finances de notre Société progressent; si nous nous reportons à trente ans en arrière, en 1867, les cotisations se montaient à 8,^82 fr. 5o, frais de recouvrement déduits. En 1896, eUes ne sont que de 4,680 francs. Les abonnements au Journal asiatique, il est vrai, ont augmenté dans une certaine mesure; de 1,760 fr. ils arrivent à 2,5 60 fr. ; mais cette augmentation ne compense pas la perte sur les cotisations , ce qui fait que nos recettes , en trente ans , ont diminué de 3,002 fr. 5o par an.
Le nombre des membres en 1867 était de 287 dont 6 à vie, et cette année il est réduit à 237 membres parmi les- quels 61 ont payé leur cotisation à vie. On peut expliquer ce mouvement par la raison que beaucoup d'orientalistes ne se font pas recevoir parmi nous , trouvant nos publications
RAPPORT DE LA COMMISSION DES FONDS. 11
à leur disposition dans les bibliothèques publiques et dans celles des sociétés savantes.
Quant au compte de cette année, il offre peu de diffé- rence sur celui de l'année dernière. Les dépenses se sont montées à 12,888 fr. 70; vous remarquerez une légère aug- mentation sur les honoraires du sous-bibliothécaire et sur le service; cette augmentation n'est qu'apparente : le mois de décembre 1895 a été payé le a janvier 1896, et il figure sur le compte de cette année , puisque celui de Tannée dernière ne porte que onze mois. Les recettes se sont élevées à 22,171 fr. 96; la différence avec 1896 vient surtout de ce que nous avons reçu cette année 5 cotisations à vie et 43 co- tisations arriérées au lieu de 22.
12 JUILLET-AOÛT 1897.
COMPTES
DEPENSES.
Honoraires de M. E. Leroux, libraire, pour le recouvre- ment des cotisations 618' oo*'
Frais d'envoi du Journal asiatique 878 00
Ports de lettres et de paquets reçus 79 90 } *
Frais de bureau du libraire (1898 et 1896) 196 00
Dépenses diverses soldées par le libraire 176 3o
Honoraires du sous-bibliotbëcaire i,3oo 00 \
Service et étrennes Soi 00
Chauffage, éclairage , frais de bureau ihS 70
Reliure et achat de livres nouveaux pour compléter .
les coUections 3i6 65 > 2,225 /io
Contribution mobilière 76 o5
Contribution des portes et fenêtres 17 5o
Assurance 67 5o
Frais d'impression du Journal asiatique en 1898 7>iS9 18
Payé à M. Dujardin frais des planches pour le Journal. 178 00
Indemnité au rédacteur du Journal asiatique 600 00 k -
Subvention pour le second volume de Se-md-tsien, . . . 1,200 00 /
Société générale. Droits de garde , timbres , etc 53 85
Total des dépenses de 1896 1 2,888 60
Achat de ho obligations de 5 00 fr. (3 p. 0/0) Lyon- fusion (10 mars) 1 8,834^ Co*'
Achat de 10 obligations de la C*" des wagons-lits .
(26 décembre) 5,o5o 00 [ ^^»'^^7 10
Achat de i obligation de la C** des messageries mari- 1
times (28 décembre) liSa 5o /
Espèces en compte courant à la Société générale au 3i décembre 189 G. io,43â 01 Ensemble ^7,689 71
RAPPORT DE LA COMMISSION DES FONDS. 13
iNNÉE 1896.
RECETTES.
1 1 3 cotisations de 1896
43 cotisations arriérées
3 cotisations à vie
ia8 abonnements aa Journal atiatique. Vente des publications de la Société.
3,390' oo" 1,390 00 i,5oo 00 a,56o 00 Soi 60
9,a4i' Ao*
2' 3"
Intérêts des fonds placés :
1* Rente sur TÉtat 3 p. 0/0
— — 3 j/a p. 0/0
Legs Sanguinetti (en rente 3 i/a p. 0/0). . , . . .
20 obligations de TEst ( nouveau ) [3 p. 0/0]. . •
60 obligations d'Orléans ( 3 p. 0/0 )
à" 58 obligations Lyon-fusion ( 3 p. 0/0 )
4o — — — (a'sem.).
5° 60 obligations de TOuest
6° 00 obligations Crédit foncier i883 (3 p. 0/0). .
7° 9 obligations communales 1 880
8** 3o obligations Est-Algérieu (3 p. 0/0)
9° 5o obligations Méchéria ( a* semestre)
Intérêts des fonds disponibles déposés à la Société gé-
1,800 00 35o 00 3 18 00 a88 00 864 00 780 46 a69 o4 864 00
1,106 5o 129 60 43a 00 676 90
7,930 55
nérale.
02
o5
Souscription du Ministère de Tiustruction publique. . . 2,000 oo
Crédit alloué par Tlmprimerie nationale en dégrève- ment des frais d'impression du Journal asiatique,. . . 3,oou 00
5,000 00
Total des recettes en 1896 22,171 90
Espèces en compte courant à la Société générale au 3 1 décembre de
Tannée précéaente ( 1 895 ) 25,517 7^
Total égal aux dépenses et à rencaisse au 3i décembre 1896.. . 47,689 71
14 JUILLET-AOÛT 1897.
OUVRAGES OFFERTS À LA SOCIÉTÉ.
Par l'india Office ; Journal ofthe Asiatic Society ofBengaL Vol. LXV, part. I, n*» 3; part. III, n" i. Calcutta, 1896- 1897; in-8^
— Indian Antiquary, N*" ao-ad. London, 1897; in-4°.
Parla Société : The American Journal ofPkilolotfy. Vol. XII, 4. Baltimore, 1897; in-8''.
— The Geographical Journal , May and June 1897; in-8'*.
— Rendiconti délia Reale A ccademia dei Lincei , séria qninta. Vol. VI, fasc. 2-4. Roma, 1897; in-4°.
— Bulletin de V Académie impériale des sciences de Saint- Pétersbourg , septembre 1896, décembre 1896; in-4*.
— Société de géographie, Comptes rendus^ n" 9 et 10. Paris, 1897; in-8°.
— Zeitschrijï der deutschen morgenlàndischen GesellschaJÏ, I, Heft, 1897. Leipzig; in-S".
— Journal ofthe American Oriental Society^ 19, ûrst haif, 1897. New-Hawen; in-8".
— Académie des Inscriptions et Belles- Lettres , Comptes ren- dus, mars-avril, 1897; in-8'.
— Société ougro-finnoise , Trachten und Muster der Mord- vinen, 1897; in-4*'.
— Bulletin' ethnographique [en russe), 1896, n" 4. Mos- cou; in-8'*.
Par les éditeurs : Revue critique, n" 20-26. Paris, 1897; in-8^
— Polybiblion, parties technique et littéraire. Mai et juin. 1897; in-8*.
— BoUetino, 278-275. Firenze, 1897; in-8''.
— Ararat, journal arménien. Avril 1897. Elchmiadzin.
— Le Muséon, Juin 1897. Louvain; in-S".
— Revue archéologique. Mars-avril 1897; in-8'*.
OUVRAGES OFFERTS. 15
Par les éditeurs : The sanscrit critical joarnaL May 1897. Woking; in-8".
— « Arte y vocaholario en lengaa marne, por el Padre F. D. de Reynosa. Paris, i644; in-8*.
—*« EUBayân. Juin 1897; i'^"^"-
Par les auteurs : E. A. Mëdoff , Livre des dernieis temps da Monde d'après la tradition musulmane (en russe). Kasan, 1897; in-8^
— N. Th. KatanoiT, Études orientales (en russe). Kasan, 1896; m-8°.
— • Le même, Monnaies de la horde d'or (en russe). Kasan, l896;in-8^
— Le même. Excursion exécutée en 1896 dans le district de Minusinsk, Kasan, 1896; in-S**.
— SabiunofT, Recherches sur la condition intérieure du Kiptchak, Kasan, l895;in-8^
— - W. Grookes , The tribes and castes of the north-western Provinces and Oudh, 4 volumes. Calcutta, 1896, in-8®.
— D' W. Radloff , Prohen der Volksliteratur der nôrdlichen tûrkischen Stàmme» 5 volumes. Saint-Pétersbourg, 1866- i886; in-8*.
— Le même, Versuch eines Wôrterbuchs der Tàrk-Dialecte , 8* Lieferung, Saint-Pétersbourg, 1896; in-8°.
'— G, dé Hariei, Le I-King traduit d'après les interprètes chinois avec la version mandjoue. Paris , 1 897 ; in-S*.
— E. Chavannes, Dates chinoises (Âtrait). Leide, 1896; in-S'.
— Le même, La chronologie chinoise de 233 à 87 av. J.-C, Leide, 1896; in-8°.
— Le même , Rectification de la chronologie chinoise, Leide , l896;in-8^
— Le même , Communication sur l'inscription de Kui yong- koan, Leide, 1896; in-S".
— Le même. Les inscriptions chinoises de Bodh-Gayâ, Paris, 1897; in-8^
16 JUILLET-AOÛT 1897.
— Le même , Le Sutra de la paroi occidentale de l'inscrip- tion de Kai-yong-koan, Paris, 1897; in-S".
— D' L. von Schrenk, Reisen and Forschangen im Amur- lande. BandlII. Saint-Pétersbom'g, 1891; in-d*.
— Samuelis Wiener, Catalogus libroram hebraeoram in museo asiatico imperiali Academiae scientiarum àsservatoram , fasc. I ( K ). Petropoli , 1 898 ; in-d*.
— E. Blochet, Les inscriptions de Samarkand, Paris, 1897, in-8^
— Le même, L'Avesta de James Darmesteter et ses criti- ques, Paris, 1897; in 8°.
— Eb. Nestlé , Zur Umschreibang des Hehràischen (extrait). 1897; in-8^
— Dr. M. Bittner et Dr. W. Tomaschek, Die topogra- pkischen Kapitel des indischen Seespiegels Mokit, Wien, 1897; in-folio.
— Landberg, Arabica, n® IV. Leide, 1897; in-8".
— J. Chabot, Histoire de Jésus Sabran, texte syriaque (ex- trait). 1897; in-S**.
— H. Derenbourg, Les noms des personnes dans l Ancien Testament et dans les inscriptions himyarites, Paris, 1880 ; 10-8** .
-^ Carra de Vaux , Sur le sens du mot A l-djebr. Paris , l897;in-8^
— AristofF, Piemarqucs sur la composition ethnographique des tribus et des nationalités turques (en russe). Saint-Péters bourg, 1897; grand in-8'*.
Tableau du conseil d'administration. 17
TABLEAU
DU CONSEIL D'ADMINISTRATION
CONFORMEMENT AUX NOMINATIONS FAITES DANS L'ASSEMBLEE GÉNÉBALE
DU 22 JUIN 1897.
PRESIDENT.
M. Barbier de Meynard.
VICE-PRÉSIDENTS.
MM. E. Senart. Maspero.
SECRÉTAIRE.
M. Ghavannes.
SECRÉTAIRE ADJOINT ET BIBLIOTHÉCAIRE.
M. E. Drouin.
TRÉSORIER.
M. le marquis Melchior de Vogué.
COMMISSION DES FONDS.
MM. Drouin. Specht. Glermont-Ganneau.
CENSEURS.
MM. Rubens Du val.
HOUDAS. x.
18
JUILLET-AOUT 1897.
MEMBRES DU CONSEIL.
MM. Oppert. J. Hal^tx.
Michel Bréal. Berger.
HOODAS. GoRDIER. DlEULAFOY.
Perruchon. V. Henry.
L. FlNOT.
Gh. Sghefer. L. Feer.
J. ViNSON. GuiMET.
J.-B. Ghabot.
Rubens Duval.
Charencey(C**de).
Aymonnier.
A» Barth.
H. Derenbourg.
Sylvain LÉvi.
Clément Huart.
Carra de Vaux.
Devéria.
\
\ Élus en 1897.
Élus en 1896.
Élus en 1895.
LISTE DES MEMBRES. 19
SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
I
LISTE DES MEMBRES SOUSCRIPTEURS,
PAR ORDRE ALPHABETIQUE.
Nota, Les noms marqués d*un * sont ceux des Membres à vie.
L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
MM. Allaoua BEN Yahya, à Marnia (département d'Oran.)
Allotte de la Fuye , lieutenant-colonel , direc- teur du génie , à Nantes.
Alric, consul de France, secrétaire-interprète du Gouvernement pour les langues orien- tales, rue Saint-Jacques, i6o, à Paris.
Assier de Pompignan, lieutenant de vaisseau, rue de Rennes, 91, à Paris. * Aymonier (E.), directeur de l'Ecole coloniale, rue du Général-Foy, 46 , à Paris.
BifiLjOTHÈQUE Ambrosienne , à Milan. Bibliothèque de l'Université , à Utrecht.
20 JUILLET-AOÛT 1897.
Bibliothèque universitaire, à Alger.
Bibliothèque Khédiviale, au Caire.
MM. Barbier de Meynard, membre de ilnstitut , pro-
fesseur au Collège de France et à TEcole
des langues orientales vivantes, boulevard de
Magenta, 18, à Paris. Barré de Lancy, ministre plénipotentiaire , rue
Caumartin , 3 2 , à Paris. Barth (Auguste), membre de l'Institut, rue du
Vieux-Colombier, 6 , à Paris. Barthélémy, vice-consid de France à Mai^asch,
par Alexandrette (Syrie). Basset (René), directeur de TEcole des lettres,
rue Micbelet, 77, à TAgha (Alger). Beauregard (Ollivier), rue Jacob, 3, à Paris. Beck (Tabbé Franz-Seignac), rue Thiac, 5, à
Bordeaux. Belkassem BEN Sedira , professcur à TEcole des
lettres , à Alger. Bénédite (Georges), conservateur adjoint au
Musée du Louvre , rue du Val-de-Grâce , 9 ,
à Paris. *Berchem (Max van), privat-docent à TUniver-
sité de Genève, promenade du Pin, 1, à
Genève. Berger (Philippe), membre de l'Institut, pro- fesseur au Collège de France, quai Voltaire,
3 , à Paris.
Il '
M Berthet (Marie), professeur à l'Ecole normale
d'Alençon, rue des Promenades, 9, àAlençon.
LISTE DES MEMBRES. 21
MM. Blochet, attaché au Département des manu- scrits de la Bibliothèque nationale, rue de TArbalète, 35, à Paris. Blon AY (Godefroy de ) , rue Cassette , 2 3 , à Paris. *Bœll (Paul), publiciste, rue Gay-Lussac, 26,
à Paris. ^BoissiER (Alfred), cours des Bastions, 4, à Genève. Bonaparte (le prince Roland), avenue dléna,
1 o , à Paris. BossouTROT, interprète militaire, détaché à l'Administration centrale de larmée tuni- sienne , à Tunis. BouRDAis (labbé), professeur à la Faculté libre d'Angers, rue Belle-Poignée, 4, à Angers. *BouRQUiN (le Rév. A.), à Lausanne.. BoYER (le P. Auguste), de la Compagnie de
Jésus, rue de Sèvres, 35, à Paris. Bréal (Michel), membre de l'Institut, profes- seur au Collège de France, rue d'Assas, 70, à Paris. BuDGE (E. A. Wallis), litt. D. F. S. A., au Bri-
tish Muséum , à Londres. BiJHLER (George), professeur à l'Institut orien- tal , à l'Université de Vienne. * Bureau (Léon), rue Gresset, i5, à Nantes. *BuRGESs (James), Seton place, 22, à Edim- bourg. M™*' A. BuTENSCHŒN, 35, Engeltrehtegatun , à Stoc- kholm.
22 JUILLET-AOÛT 1897.
MM. Cabaton (Antoine), de la Bibliothèque natio- nale, rue d'Amsterdam, 4 9, à Paris.
Cahun (Léon), conservateur adjoint à la Bi- bliothèque Mazarine, rue de Seine, 1, à Paris.
Calassanti-Motylinski (DE),à ia Direction des affaires indigènes, à Constantine.
Casanova (Paul), sous-bibliothécaire à la Bi- bliothèque nationale (cabinet des médailles) , rue Lobineau , 5 , à Paris.
C A8TRIES (le comte Henry de ) , rue Vaneau ,20, à Paris.
Caudel (Maurice), bibhothécaire de TEcole des sciences politiques, rue Le Verrier, 5, à Paris. * Chabot (M^' Aljdionse), curé de Pithiviers.
Chabot (labbé J.»B. ) , rue Claude-Bernard , 4 7 , à Paris.
Charencey (le comte de), rue Barbey-de-Jouy, 25, à Paris. *Chavannes (Emmanuel-Edouard), professeur au Collège de France, rue Vital, 3 , à Paris.
Cheikho (L.), professeur à f Université Saint- Joseph, à Beyrouth (Syrie).
Chwolson , professeur à TUniversité de Saint- Pétersbourg.
C1LL1ÈRE (Alph.), consul de France, à Trébi- zonde.
Clermont-Ganneau , membre de Tlnstitut, pre- mier secrétaire-interprète du Gouvernement ,
LISTE DES MEMBRES. 23
professeur au Collège de France, avenue de
TAlma , i , à Paris. MM. Cohen Solal, professeur d arabe au Lycée, à
Oran. Colin (Gabriel), professeur d'arabe au Lycée
d'Alger, CoLiNET (Philippe), professeur à fUniversité,
à Louvain, A7, rue des Orphelins. *CoRDiER (Henri), professeur à TEcole des
langues orientales vivantes , place Vintimille .
3 , à Paris. CouLBER, commandant en retraite, rue de
TAcadémie , à Bruges. Courant (Maurice), interprète-chancelier de lé- gation , rue Dôsbordes-Valmore , 38 , à Paris. *Croizier (le marquis de), boulevard de la
Saussaye , 1 o , à NeuiUy.
*
Danon (Abraham), à Andrinople.
Darricarrère (Théodore-Henri), numismate, à Beyrouth (Syrie).
Decourdemanche (Jean-Adolphe), rue Taille- pied, 4, à Sarcelles (Seine-et-Oise).
Delattre (fabbé), rue des Récollets, 11, à Louvain.
Delphin (G.), directeur de la Médersa, à Alger.
Derenbourg (Hartwig), professeur à TRcole des langues orientales vivantes, rue de la Victoire, 56, à Paris,
24 JOILLET-AOÛT 1897.
MM.*Des Michels (Abel), boulevard Riondet, i[\, à Hyères.
Deveria (Gabriel), consul général, secrétaire- interprète du Gouvernement, boulevard Pereire , 1 5 , à Paris.
DiEULAFOY (Marcel), membre de llnstitut, rue Chardin , i 2 , à Paris.
DiHiGO (D' Juan M.), professeur de langue grecque à TUniversité de la Havane (Cuba).
Donner , professeur de sanscrit et de philologie comparée à TUniversité de Helsingfors.
Drouin, avocat, rue de Verneuil, i i, à Paris.
DuKAs (Jules), rue des Petits -Hôtels, 9, à Paris.
Dumon (Raoul), élève diplômé de TEcole du Louvre, rue de la Chaise, 10, à Paris. *DuRiGHELLO (Joscph-Auge) , antiquaire, à Bey- routh (Syrie).
DuTT (Romesh Chunder), attaché au Service civil du Bengale, 3o, Beadon street, à Cal- cutta.
DuvAL (Rubens), professeur au Collège de France , rue de Sontay, 1 1 , à Paris.
*Fargues (F.), route de Saint-Leu, 28, à En- ghien-les-Bains.
* Favre (Léopold) ^ rue des Granges , 6 , à Genève. Feer (Léon), attaché au département des ma- nuscrits de la Bibliothèque nationale, rue Félicien-David , 6 , à Auteuil-Paris.
LISTE DES MEMBRES. 25
MM. Fell (Winand), professeur à T Académie de Munster. Ferrand (Gabriel) , agent résidentiel de France ,
à Mananjary (Madagascar). Fertiè (Henri), chancelier de la légation de France à Téhéran. *FiNOT (Louis), archiviste paléographe, attaché à la Bibhothèque nationale , rue Claude-Ber- nard, 69, à Paris. Flotte de Roquevaire (René de), rue Sainte- . Anne, 9, à Paris.
FoucHER (A.), agrégé des lettres, rue de Vau- girard, 407, à Paris. *Fryer (le major George), Madras StafiF Corps, Deputy Commissioner, British Burmah.
*Gantin, ingénieiu*, répétiteur libre à i'Ecole des langues orientales vivantes, rue de la Pépinière, 1, à Paris. Gaddkfroy-Demombynes, directeur de la Mé- dersa, à Tlemcen. * Gautier (Lucien), professeur de théologie, route de Chêne, 88, à Genève. Graffin (l'abbé) , professeur de syriaque à TUni- versité catholique, rue d'Assas, 4 7, à Paris. Greenup (Rev. A. W.), Culford Heath, Bury
S* Edmund's (Angleterre). Grenard, boulevard des Invalides, 20, à Paris. *Gropf (William N.), à Ghizeh (Egypte).
26 JUILLET-AOÛT 1897.
MM. Grosset, licencié es lettres, rue Cuvier, 4, à Lyon.
*GuiEYSSE (Paul), député, ancien ministre des colonies , ingénieur hydrographe de la ma- rine, rue des Ecoles, 62, à Paris.
* GuiMET ( Emi) e ) , au Musée Guimet , place dléna , à Paris.
"^Halévy (J.), professeur à l'Ecole des hautes
études, rue Aumaire, 26, à Paris. *Hamy (le D'), membre de Tlnstitut, conserva- teur du Musée d'ethnographie , rue Geoffroy- Saint-Hilaire , 36, à Paris. *Harkavy (Albert), bibliothécaire de la Biblio- thèque impériale publique, à Saint-Péters- bourg.'
Harlez (M*' g. de ) , professeiu* à TUniversité, à Louvain.
Hebbelynck (Adolphe), professeur à l'Univer- sité, à Louvain.
Henry (Victor), professeur à la Faculté des lettres de Paris, rue Notre -Dame -des - Ghamps, 10 5, à Paris. *HiÈRiOT-BuNOUST (l'abbé Louis), rue d'Assas, à Paris.
H^ROLD (Ferdinand), hcencié es lettres, an- cien élève de l'Ecole des chartes , rue Greuze , a G, à Paris.
HoLAS Efendi (V.), rue Asmali-Mesdjid , 1 1, à Gonstantinople.
LISTE DES MRMRRES. 27
MM. HouDAs , professeur à TEcole des langues orien- tales vivantes, avenue de Wagram, 29, à Paris. HuART (Clément), consul de France, drogman de l'ambassade de la République française , à Constantinople.
ÏMBAULTrHcART (Camille), consul de France à Canton (Chine).
Jeannier (A.) , drogman-chancelier du Consulat
de France, à Zanzibar. Jéquier (Gustave), à Neuchâtel.
Karacson (Eméric), directeur de TEcole nor- male royale catholique, à Gyôr (Raab), Hongrie.
Karppe (S.), élève de rÉcole des hautes études, avenue de Messine, 10, à Paris. *M™*Kerr (Alexandre), à Londres. MM. Kéraval (le D'), directeur de lasile d'Armen- tières (Nord).
Kesseler (Charles), viticulteur, à Henchir el- Maïou (Tunis).
KoDLiKOvsRi, professeur de sanscrit à ITIniver- sité de Kharkov.
La Martinière (H. P. de), directeur au Gou- vernement général de TAlgérie , rue de Saint- Pétersbourg, 28, à Paris.
28 JUILLET-AOÛT 1897.
MM. Lambert (Mayer), rue Viollet-le-Duc, ii, à Paris.
* Landberg (Carlo , comte de) , docteur es lettres ,
au château de Tùtzing (Haute-Bavière). *Lanman (Charles), professeur de sanscrit à Harvard Collège, à Cambridge (Massachu- setts).
Lavallée -Poussin (Gaston de), professeur à rUniversité, à Gand.
Leclère (Adhémar), résident de France à Kratié (Cambodge).
Lecomte (Georges), rue de Lancry, 17, à Paris.
Ledoulx (Alphonse), vice-consul de France à Siwas (Turquie JAsie).
IjEduc (Henri), interprète du Gouvernement à Pékin.
Lefèvre (André), licencié es lettres, rue Haute- feuille, 2 1, à Paris.
Lefèvre-Pontalis , villa Victoria , au Caire.
Leriche (Louis), à Mogador (Maroc).
Leroux (Ernest), éditeur, rue Bonaparte, 28, à Paris.
* Lestrange (Guy), via San Francesco Pove-
rino , 3 , à Florence. Levé (Ferdinand), rue Cassette, 17, à Paris. LÉvi (Sylvain ) , professeur au Collège de France ,
rue Guy-de-la-Brosse , 9, à Paris. FjIÉtard (le D*^), médecin inspecteur des eaux,
à Plombières.
LISTE DES MEMBRES. 29
MM. LoiSY (l'abbé), aumônier, rue du Château, 29, à Neuilly (Seine). LoRGEOU (Edouard), consul de France à Ran- goon (Birmanie).
* Machanoff, professeur au Séminaire religieux, à Kazan.
Macpherson, avenue Hoche, 5o, à Paris.
Mallet (Dominique) , villa Poirier, 9 , à Paris Vaugirard. *Margoliouth (David-Samuel), professeur d'a- rabe à rUniversité, New-CoUege, à Oxford.
Marrache , rue LalFon , 1 o , à Marseille. *Maspero, membre de Tlnstitut, professeur au Collège de France , ancien directeur général des Musées d'Egypte, avenue de TObserva- toire , a 4 , à Paris.
Méchineau (labbé) , rue de Sèvres, 35 , à Paris.
Mehren (le D'), professeur de langues orien- tales, à Copenhague.
Meillet (Antoine) , agrégé de grammaire, élève de rÉcole des hautes études, boulevard Saint-Michel, 2 A, à Paris. M^* Menant (Delphine), rue de Madame, 68, à Paris. MM. Mercier (E.), interprète-traducteur assermenté, membre associé de TEcole des lettres d'Alger, rue Desmoyen , 1 9 , à Constantine.
Mercier (Gustave), interprète militaire, à Constantine.
30 JUILLET-AOÛT 1897.
MM. Meux (A.), professeur de langues orientales, à
Heidelberg. Michel (Charles), professeur à fUniversité,
avenue d'Avroye , 1 1 o , à Liège. Michelet, colonel du génie en retraite, inie de
rOrangerie, 38, à Versailles. * Mission archéologique française, au Caire. MM.*Mqcatta (Frédéric-D.), Connaught place, à
Londres. Mohammed ben Braham, interprète judiciaire,
à Oued-Athcoénia (Algérie). Montet (Edouard), professeur de langues
orientales à TUniversité de Genève , villa des
Grottes. Morgan (J. de), ancien directeur des Musées
d*Égypte , au palais de Ghizeh. MocLiÉRAS, professeur à la chaire d arabe, à
Oran (Algérie). Mdir (Sir William), Dean Park House, à
Edimbourg. *MuLLER (Max), professeur à Oxford.
*Nac (labbé), licencié es sciences mathéma- tiques et es sciences physiques, professeur d'analyse à l'Institut catholique, rue Gas- sendi, 7, à Paris,
Nedjib Açem Efendi, rédacteur du journal Ikdam , rue Sublime-Porte , à Constantinople.
NicoLLE (Henri), lieutenant au j" régiment étranger, bataillon du Siam, par Saigon.
LISTE DES MEMBRES. 31
MM. NouET (l'abbé René), chanoine, rue Saintr Vin- cent, 2 5, au Mans.
Oppert (Jules), membre de Tlnstitut, profes- seur au Collège de France, rue de Sfax, i , à Paris. "^OsTROROG (le comte Léon), docteur en droit, directeur du contentieux à la Dette publique ottomane , à Constantinople.
Ottavi (Paul) , vice-consul de France à Mascate.
*Patorni, interprète principal à la division, à Oran. Pelliot (Paul), Grande-Rue, 69, à Saint-
Mandé. Pereira (Estèves), capitaine du génie, Rua das Damas, Ix, à Lisbonne. *Perruchon (Jules), élève diplômé de TEcole des hautes études , rue de Vaugirard , 3 3 , à Paris. Pertsch (W.), bibliothécaire, à Gotha. Pfungst (D' Arthur), Gaertnerweg, 2, à Francfort-sur-le-Mein. *Philastre (P.), lieutenant de vaisseau, inspec- teur des affaires indigènes en Cochinchine, à Cannes. Piehl (le EK Karl), professeur d'égyptologie à l'Université, à Upsal. *PuNAPPEL, docteur et professeur de langues orientales , à Middelbourg^
32 JUILLET-AOÛT 1897.
MM.*PiNART (Alphonse), à Paris.
PiNCHES (Th.-C), Assyrian department, au British Muséum, à Londres. *Platt (William), Callis Court, Saint-Peters, île de Thanet (Kent). Pognon, consul de France, à Alep.
* Pommier, juge au tribunal civil, au Blanc
(Indre). *PoussiÉ (le D'), rae de Valois, a, à Paris. PRiETORius (Frantz), Franckestrasse, q, à
Halle. Provenzali, professeur d arabe au Lycée, à Oran. *Prym (le professeur E.), à Bonn.
Quentin (l'abbé), au Plessis-Chenet (Seine et-
Oise).
Raboisson (Tabbé) , rue de Viiliers, 80 , à Levai- lois.
Rat (G.), secrétaire de la Chambre de com- merce, à Toulon.
Ravaisse (P.), chargé de cours à TEcole des langues orientales vivantes , rue des Quatre- Cheminées, 7, à Billancourt.
Regnaud (Paul), professeur de sanscrit, à la Faculté des lettres, à Lyon.
* Régnier (Adolphe), sous-bibliothécaire de lln-
stitut, rue de Grenelle, 35, à Paris. Reuter (le D' J. N.), docent de sanscrit et de
LISTE DES MEMBKES. 33
philologie comparée, à TUniversilé de Hel- singfors. MM.*Revillout (E.), rue du Bac, 28, à Paris.
* Rimbaud, rue de Versailles, 5 9, au Chesnay,
près Versailles. Robert (A.), administrateur de la commune mixte de Sedrata, par Aïn-Beïda (déparle- ment de Constantine).
* Rolland (E. ) , rue des Fossés-Saint-Bernard , 6 ,
à Paris.
Roque - Ferrier , à la Plaine, par Claret (Hé- rault).
RosNY (Léon de), professeur à l'École des langues orientales vivantes, rue Mazarine, 28, à Paris. *RousE (W. D. H.), Christ's Collège, à Cam- bridge.
RouviER (Jules), docteur en médecine, à Bey- routh.
Rylands (W. F. S. A.), secrétaire de Ja Société d'archéologie biblique , Great Russell street , 37, Bloomsbury, à Londres.
Sabbathier, agrégé de l'Université, rue du
Cardinal-Lemoine , 1 5 , à Paris. Sainson (Camile), gérant du vice-consulat de
France à Hokkeou (Chine), par Lao Kay
(Tonkin). Saussure (L. de), lieutenîinl de vaisseau, rue
Poulie. I 4 , à Brest.
M
iurntMiiBir r4ti txMit,
34 JUILLET-AOÛT 1897.
MM. ScHEPER (Charles), membre de l'Institut, pro- fesseur de persan et administrateur de TEcoie des langues -orientales vivantes, rue de Lille, . 2, à Paris. . .
ScHEiL (le P.), rue du BaCi^4, â Paris.
ScHMiDT (Valdemar), professeur, à Copen- hague.
Schwab (M.), bibliothécaire à la Bibliothèque
. nationale, citéTrévise, i4,à Paris. »
Senart (Emile), membre de l'Institut, rue François I*^, i &, à Paris.
Serruys (Washington), attaché au Consulat de Belgique, à Beyrouth. *SiM0NSEN, grand rabbin, à Copenhague.
SiouFFi, consul honoraire de France, à Damas.
Si saïd boulifa, professeur à TÉcole normale primaire , à La Bouzaréa , près Alger. . 'SociN, professeur à ^'Université, Schreber- strasse , 5 , à Leipzig.
SoNNECK ( de ) , interprète principal à rÉtatmajor de Tarmée, au Ministère de, la guerre, à Paris.
Specht (Edouard), rue du Faubourg-Saint- Honoré, 19 5, à Paris.
Spiro (Jean), professeur à l'Université^ de Lau- zanne, à Vufilens-la-Ville (Suisse). ■i Stein (P'.M. Aurel), principal du Collège oriental, à Lahore.
Steinnordh (J. h. W.), docteur en théologie et en philosophie, à Linkôping.
LISTE DES MEMBRES. ^5
MM. Stic&ney (Trumbuli), étudiant, avenue Mar- ceau, 55, à Paris.
Strehly, professeur au lycée Louis-le-Grand , rue de Vaugirard , 1 6 , à Paris.
Strong (Arthur) , lecteur d'assyrien à TUniver- sité , à Cambridge.
Syad McHAlfBiAD Latif, district jùdge, Jallan- dhar City (Penjab).
Taillefer (Amédée), conseiller à la Cour d appel, rue Cassette, a 7, à Paris.
Talod , employé à Tadministration de la Dette ottomane , à Gonstantinople.
Textor de Ratisi (le baron), rue de Turin, 38, à Paris.
Thibaut (E.), surveillant général au Lycée, à Alger.
Thureau-Danqin , élève de TEcole des hautes études, rue Garancière, 1 1, à Pans.
TouHAMi BEN Larbi, interprète judiciaire asser- menté à Ksar et-Tir, Se tif (Algérie). '
Tronqdois (Emmanuel), rue Denfert, 18 bis, à Paris. *Tdrrettini (François), rue de THôtei-de-Ville , 8 , à Genève.
Turrini (Giuseppe), professeur de sanscrit k l'Université de Bologne.
Vasconcellos-Abreu (de), professeur desanscrit, rua Castilho, 34, à Lisbonne.
3.
36 JUILLET-AOÈT 1897.
MM. Vaux (Baron Carra de), rue de TUniversité, 8 , à Paris.
Vernes (Maurice), directeur adjoint à FEcoie des hautes études, rue Notre -Dame- des- Champs, 97***, à Paris.
ViLBERT (Marcel) , attaché à la Direction géné- rale des phares, à Constantinople.
ViNSON (Julien), professeur à TEcole des langues orientales vivantes, rue de TUniver- site, 58, à Paris.
VissiÈRE (Arnold), premier interprète de la légation de France, à Pékin.
Vogué (le marquis Melchîor de), membre de rinstitut, ancien ambassadeur de France à Vienne, rue Fabert, 2, à Paris.
*Wade (Sir Thomas), à Londres. WiLHELM (Eug.), professeur, à léna.
*WiTTON Davies (T.), principal de Midland Baptist Collège, à Nottingham.
*Wyse (L.-N. Bonaparte), villa Isthmia, au Cap- Brun, par Toulon.
Yazigi (Ibrahim el), au Caire.
*ZoGRAPHos (S. Exe. Christaki Efendi), avenue Hoche , 2 2 , à Paris.
LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES ET DES REVUES. 37
II
MEMBRES ASSOCIÉS ÉTRANGERS
SUIVANT L'ORDRE DES NOMINATIONS.
MM. Weber, professeur à TUniversité de Berlin. Salisbury (E.), membre de la Société orien- taïe américaine, 287, Church street, àNew- ' Haven (Etats-Unis).
III
LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES ET DES REVUES
AVEC LESQUELLES
LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE ÉCHANGE SES PUBLICATIONS.
Académie de Lisbonne.
Académie de Saint-Pétersbourg.
Royal Asiatic Society of London.
Royal Asiatic Society of Bengal , à Calcutta.
Deutsche morgenlandische Gesellschaft, à Ualle.
American Oriental Society, à New-Haven (Etats- Unis).
Royal Asiatic Society of Japan , à Tokio.
Bombay branch of the Royal Asiatic Society, à Bombay.
China branch of the Royal Asiatic Society, t^ Shanghaï.
The Pering Oriental Societv, à Pékin.
S0CIETA AsiATicA Italiana , à Fiorencc.
58 JUILLET-AOÛT 1897.
Reale Accademia DEi LiNCEi, à Rome.
John Hopkins University, à Baltimore (Etats-Unis).
Société finno-ougrienne, à Helsingfors.
Société de géographie de Paris.
Société de géographie de Genève.
Royal Geographical Society, à Londres.
Société des sciences de Batavia.
Société historique algérienne.
Deutsche Gesellschaft fur Natur- und Voelker
KUNDE Ostasiens, à Tokio. Société de philologie, à Paris. Provincial Muséum, à Lukhnow. Indian Antiquary, à Bombay. PoLYBiBLiON , à Paris. Revue de l'Histoire des religions. American Journal of ARCHiEOLOGY, à Princeton. The Japan Society, ao,Hannover square, à Londres.
MïNISTÈRE DE L^INSTRUCTION PUBLIQUE.
Ecole des laî^gues orientales vivantes , rue de Lille, 2 , à Paris.
SÉMINAIRE DES MISSIONS ÉTRANGÈRES , me du BaC ,128,
à Paris. SÉMINAIRE DE Saint-Sulpice , à Paris. Bibliothèque du Ministère de la guerre. Bibliothèque du Chapitre métropolitain, à Téglise
Notre-Dame, à Paris. Bibliothèque de l'Arsenal, rue de Sully, 1 , à Paris.
LISTE DES SOCIÉTÉS SAVANTES ET DES REVUES. 39
Bibliothèque Sainte-Geneviève, place du Panthéon,
à Paris. Bibliothèque Mazarine, quai Contî, a3, à Paris. Bibliothèque de l'Université , à la Sorbonne. Bibliothèque du Muséum d'histoire naturelle, rue
de Buffon , 2 , à Paris. Bibliothèque du Collège de France. École normale supérieure, rue d*Ulm; 45, à'Paris. Bibliothèque nationale. Séminaire Israélite , rue Vauquelin , 9 , à Paris. Faculté de droit, place du Panthéon, à Paris. Parlement de Québec (Canada). Les bibliothèques d'Aix (en Provence), — de Mou-
lins, — DE Rennes, — d'Annecy, — de Laon,
DE PÉRIGUEUX , de SaINT-MaLO , DES BÉ- NÉDICTINS de Solesmes, — DE Toulouse, — de Beauvais, — de Chambéry, — de Nice, — de Reims, — de Rouen, — de lile de la Réunion,
— DE Strasbourg, — de Bourges, — de Tours,
— DE Metz, — de Nancy, — de Nantes, — r de Narbonne, — d'Orléans, — de Pau, -^ d'Ar-
RAS , universitaire DE LyON , — DE MaRSEILLE ,
— DE Montpellier (Facilité. de médecine et Bi- bliothèque publique), — de Montauban, — de
VaLENCIENNES, DE VERSAILLES, — 7 DE GlER-
MONT-FeBRAND, DE CoNSTANTINR, DE DiJON ,
— DE Grenoble, — du Havre, — de Lille, — DE Douai, — d'Aurillac, — de Besançon, -^— de Bordeaux (Bibliothèque publique et Université),
— de Poitiers, — de Gaen, — de Garcas-
/lO JUILLRT-AOÙT 1897.
SONNE, DE CaRPENTRAS, D*AjACCIO .
D* Amiens, — d'Angers, — de Troyes, D* Avignon, — de Chartres, — d'Alger, d'Avranches.
IV
• LISTE DES OUVRAGES
PUBLIES PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE.
En vente chez M. Ernest Leroux , éditeur, rue Bonaparte, 28 ,
h Paris.
Journal asiatique, publiô depuis 1822. La collection est en partie épuisée.
Chaqije année. 26 fr.
Choix de fables arméniennes du docteur Vartan, en armé- nien et en français, par J. Saint- Martin et Zohrab. 1825, in.8" Slh
Eléments de la grammaire japonaise, par le P. Rodriguez, traduits du portugais par M. C. Landresse, etc. Paris» 1 826 , in-8*'. — Suppléaient à la grammaire japonaise , etc. Paris, 1826, in-8". (Épuisé.) » 7 fr. 5o
Essai sur lk Pâli, ou langue sacrée de la presqu'île au delà du Gange, par MM. E. Burnouf et Lassen. Paris, 1826, in-8-. (Épuisé.) ; i5 fr.
Meng-tseu vel Mencium, lalina interpretatione ad interpro- tationem tartaricam utram(|nc recensita insiruxit, et per- |)otuo commimtario e Si n lois deprompto illustra vit Stanis- las Julien. Latcliœ Parsiorani , 1824, 1 vol. in-8°. . . 9 fr.
Yadjnadattabadha, ou LA Mort d'Yadjnadatta, épisode
OUVRAGES PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 41
extrait du Râmâyana, poème épique sanscrit, donné avec le texte gravé , une analyse grammaticale très détaillée, une traduction française et des notes, par A.-L. Chézy, et suivi dune traduction latine littérale, par J.-L. Burnouf. Paris, 1826, in-4°, avec quinze planches 7 fr. 5o
Vocabulaire de la langue géorgienne, par J. Klaproth. Paris, 1827, in-8' 7 fr. 5o
Élégie sur la Prise d Édesse par les Musulmans, parNer- sès Klaietsi , patriarche d'Arménie , publiée pour la pre- mière fois en arménien, revue par le docteur Zohrah. Paris, i8a8, in-8" 4 fr. 5o
La Reconnaissance de Sagountalâ, drame sanscrit et prâ- crit de Càlidâsa , publié pour la première fois sur un ma- nuscrit unique de la Bibliothèque du Roi, accompagné d'une traduction française, de notes philologiques, cri- tiques et littéraires, et suivi d'un appendice, par A.-L. Chézy. Paris, i83o, in-4", avec une planche 10 fr.
Chronique géorgienne, traduite par M. Brosset. Paris, Im- primerie royale, i83o, grand in-8'' 9 fr.
Ghrestomathie chinoise (publiée par Klaproth). Paris, i833, in-8'' 7 fr. 5o
Eléments de la Langue géorgienne, par M. Brosset. Paris, Imprimerie royale, 1837, in-8* 9 fr.
Géographie d'Aboulféda, texte arabe publié par Reinaud et le baron de Slane. Paris, Imprimerie royale, i84o, in-4" . . 24 fr.
Ràdjataranginî, ou Histoire des rois du Kachmîr, publié en sanscrit et traduit en français, par M. Troyer. Paris, Imprimerie nationale, 3 forts vol. in-8*' ao fr.
Précis de législation musulmane, suivant le rite malékite, par Sidi Khalil, publié sous les auspices du Ministre de la guerre , 5* édition. Paris, Imp. nat. , 1 883 , in-8°. ... 6 fr.
42 JUILLET-AOÛT 1897.
COLLECTION D^AUTEURS ORIENTAUX.
Les Voyages d'Ibn Batoutah , texte arabe et traduction par MM. C. Defrémery et Sanguinetti. Paris , Imprimerie na- tionale , 4 Yoi. in-8°. Chaque volume 7 fr. 5o
Table alphabétique des Voyages d*Ibn Batoutah. Paris, 1869, in-8' a fr.
Les Prairies d*or de Maçoudi, texte arabe et traduction par M. Barbier de Meynard (les trois premiers volumes en collaboration avec M. Pavet de Courteille). 9 vol. ih-8*. (Le tome IX comprenant Tlndex. ) Chaque voL . . 7 fr. 5o
Maçoudi. Le livre de V Avertissement [Kitah et-tenhîh)^ traduit et annoté par le baron Carra de Vaux. 1 fort vol. in-8*. Prix 7 fr. 5o,
Le Mahâvastu , texle sanscrit, publié pour ia première fois, avec des Introductions et un Commentaire, par M. £m. Senart. Volumes I et II. 2 forts volumes in-S". Chaque volume 2 5 fr.
Chants populaires des Afghans, recueillis, publiés et tra- duits par James Darmesteter. Précédés d'une Introduction sur la langue, Thistoire et la littérature des Afghans, i fort voL in-8** 20 fr.
Journal d'un voyage en Arabie (i883-i884), par Chaiies Huber. Un fort volume in-S**, illustré de clichés daiis le texte et accompagné de planches et croquis 3o fr.
Publication encouragée par la Société asiatique :
Les mémoires historiques de Se-ma Tsien , traduits du chi- nois et annotés par Edouard Chavannes, professeur au
OUVRAGES PUBLIÉS PAR LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 43
Collège de France.. Tome I", in-S" 1 6 fr.
Tome II, in-8° 20 fr.
Tome III (sous presse)
Nota, Les membres de la Société qui s'adresseront directement au libraire de ia Société, M. Ernest Leroux, rue Bonaparte, 28, à Paris, auront droit à une remise de 33 p. 0/0 sar les prix de tons les ouvrages ci-dessus , à Texception du Journal asiatique.
4i JUILLET-AOÛT 1897.
STATUTS
r r
DE LA SOCIETE ASIATIQUE.
er
BUT DE LA SOCIÉTÉ,
ARTICLE PREMIER.
La Société est instituée pour encourager l^étude des langues de TAsie.
Celles de ces langues dont elle se propose plus spécialement, mais non exclusivement, d'encourager Tétude, sont :
1® Les diverses branches (tant en Asie qu'en Afrique) des langues sémitiques;
2** L'arménien et le géorgien ;
3° Le grec moderne;
4° Le persan et les anciens idiomes morts de la Perse ;
5° Le sanscrit et les dialectes vivants dérivés de cette langue;
6° Le malais et les langues de la presqu'île ulté- rieure et citérieure de l'Archipel oriental ;
7° Les langues tartares et le tibétain ;
8" Le chinois.
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ' ASIATIQUE. 45
ART. 1À.
Elle se procure les manuscrits asiatiques ; elle les répand par la voie de Timpression ; elle en fait faire des extraits ou des traductions. Elle encourage, en outre, la publication des grammaires, des diction- naires ou autres ouvrages utiles à la connaissance de ces diverses langues.
ART. 3.
Elle entretient des relations et une correspon- dance avec les Sociétés qui s'occupent des mêmes objets, et avec les savants asiatiques ou européens qui se livrent à l'étude des langues asiatiques et qui en cultivent la littérature. Elle nomme, à cet effet, des associés correspondants.
S II
ORGANISATION DE LA SOCIÉTÉ.
ARTICLE PREMIER.
Le nombre des membres de là Société est indé- terminé. On en fait partie après avoir été présenté par deux membres et avoir été reçu à la pluralité des voix, soit par le Conseil, soit par l'assemblée générale.
ART. a.
Indépendamment des dons qui pourront être
40 JUILLET-AOÛT 1897.
offerts à la Société, chaque membre paye une sou- scription annuelle de trente francs.
ART. 3.
Les membres de la Société nomment xm Conseil , et sont convoqués, au moins une fois Tan, pour entendre un rapport sur les travaux, sur lemplôî des fonds, et pour nommer les membres du Conseil.
nu
ORGANISATION DU CONSEIL.
ARTICLE PREMIER.
Le Conseil se compose de :
Un ou plusieurs présidents honoraires ,
Un président.
Deux vice-présidents ,
Un secrétaire,
Un secrétaire adjoint et bibliothécaire
Un trésorier,
Trois commissaires pour les fonds.
Vingt-quatre membres ordinaires.
ART. 2.
Les présidents honoraires sont nommés à vie par l'assemblée générale, et ont voix délibérative dans le Conseil. Le secrétaire est nommé pour cinq ans
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 47
par la même assemblée. Le président, les vice-pré- sidents, le secrétaire adjoint, le trésorier et les com- missaires des fonds sont nommés chaque année, et tous ces membres sont rééligibles. Les vingt-quatre autres membres sortent par tiers, et à tour de rôle, chaque année; ils peuvent être réélus. Le sort dési- gnera , les deux premières années , ceux qui devront sortir,
ART. 3.
L'élection des membres du Conseil aura lieu à la majorité relative des suffrages.
ART. k'
L assemblée générale nomme, chaque année, parmi les membres restants du Conseil, deux cen- seurs chargés d'examiner les comptes de Tannée précédente, et de lui en faire un rapport à la plus prochaine assemblée générale.
ART. 5.
Le Conseil est chargé de diriger les travaux litté- raires qui entrent dans le plan de la Société, ainsi que du recouvrement et de lemploi des fonds; il ordonne l'impression des ouvrages qu'il reconnaît utiles ; il en fait faire des traductions ou des extraits ; il examine les ouvrages relatifs au but de la Société ; il donne des encouragements; il nomme les asso- ciés correspondants; il fait l'acquisition des manu-
48 JUILLET-AOÛT 1807.
scrits et des ouvrages asiatiques, iorsquil le croit convenable.
ART. 6.
Le secrétaire de la Société fait un rapport annuel des travaux du Conseil et de l'emploi des fonds. Ce rapport sera imprimé avec la liste des souscripteurs , le montant des dons pécuniaires ou des offrandes en livres, manuscrits, objets d*arts, etc., faits à la Société, avec les noms des donateurs.
ART. -y.
Le Conseil se réunit en séance ordinaire au moins une fois par mois. Tous les membres souscripteurs de la Société sont admis à ses séances et peuvent y faire les communications qui leur paraissent utiles.
ART. 8.
Le Conseil s'occupera, le plus tôt possible, des moyens de rédiger, sous le titre de Journal asiatique y un recueil littéraire qui paraîtra à des époques plus ou moins rapprochées, et qui sera donné gratis aux souscripteurs de la SociiHé.
ART. g.
Les membres de la Société pourront acquérir chacun un exemplaire des ouvrages qu elle publiera , au prix coûtant.
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 49
S IV COMPTABILITÉ.
ARTICLE PREMIER.
La Commission des fonds présente au Conseil d'administration, dans le prenaier mois de Tannée, laperçu des recettes et des dépenses pour 1 année qui commence.
Le Conseil d'administration détermine en consé- quence, pour Tannée entière, les dépenses ordi- naires et fixes, et assigne, pour Tannée aussi, un maximum pour les dépenses de bureau, les autres menus firais journaliers et variables.
ART. 2.
Les dépenses extraordinaires, proposées pendant le cours de Tannée, sont arrêtées par le Conseil d'administration , après qu'il aura pris préalablement l'avis de la Commission des fonds.
ART. 3.
Les délibérations du Conseil d'administration por- tant autorisation d'une dépense sont immédiatement transmises à la Commission des fonds par un extrait signé du président et du secrétaire de la Société,
50 JUILLET-AOÛT 1897.
ART. 4.
La Commission des fonds tient un registre dans lequel sont énoncées, au fur et à mesure, les dé- penses ainsi autorisées, avec indication de l'époque à laquelle leur payement est présumé devoir s effec- tuer.
ART. 5.
Dans le cas où une dépense serait arrêtée par la Société seulement en principe et sur une évalua- tion approximative, cette dépense sera portée pour son maximimi au registre prescrit par Tarticle pré- cédent.
Dès que le projet de dépense donne lieu à un engagement de la Société, on assigne les fonds né- cessaires pour l'acquitter à l'échéance, de manière que le payement ne puisse , en aucun cas , éprouver ni incertitude, ni retard.
ART. 6.
Toute somme allouée pour une dépense extraor- dinaire ordonnée par le Conseil reste affectée d une manière spéciale pour l'objet désigné : elle ne peut être détournée de sa destination et appliquée à un autre service que sur une nouvelle décision du Con- seil, prise selon la forme indiquée dans l'article a.
ART. y.
B pourra cependant admettre en principe la pro-
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 51
position de faire imprimer de nouveaux ouvrages au fur et à mesure que les facultés pécuniaires de la Société le permettront, mais sans que cela lie la So- ciété et Tempêche de donner la préférence à tous autres ouvrages qui lui seraient présentés posté- rieurement, et dont elle jugerait la publication plus opportune ou plus utile.
ART. 8.
La Commission des fonds tient un registre dans lequel sont contenus tous ses arrêtés portant man- dat de payement.
Lesdits arrêtés doivent être signés au moins de la majorité des membres de la Commission.
ART. 9.
Les dépenses sont acquittées par le trésorier, sur un mandat de la Commission des fonds, accompagné des pièces de dépense visées par elle; ces mandats rappellent les délibérations du Conseil d'administra- tion par lesquelles les dépenses ont été autorisées.
Le .trésorier n acquitte aucune dépense si elle na été préalablement autorisée par le Conseil d'adminis- tration et ordonnancée par la Commission des fonds.
ART. 10.
Le trésorier et les membres de la Commission des fonds se réunissent en séance particulière une fois
4.
52 JUILLET-AOÛT 1897.
chaque mois; dans cette séance sont traitées toutes les affaires sur lesquelles la Commission est appelée à délibérer. On y dresse Tétat mensuel de situation dés fonds, pour le présenter au Conseil d*adminis- tration.
Cet état est transcrit sur le registre de la Commis- sion, ainsi que le procès-verbal de chaque séance particulière.
ART. 1 1 .
Tous les six mois , en septembre ou en mars , la Commission des fonds fait d'office connaître la si- tuation réelle de la caisse , en indiquant les sommes qui s y trouvent et celles dont elle est grevée, soit pour les dépenses fixes et variables, soit pour les dépenses extraordinaires, de façon que le Conseil d'administration puisse toujours savoir quelle est la quotité exacte des valeurs disponibles.
ART. 12.
A lia fin de Tannée, le trésorier présente son compte à la Commission des fonds, qui, après Tavoir vérifié, le soumet à rassemblée générale, pour être arrêté et approuvé par elle. La délibération de l'as- semblée générale sert de décharge au trésorier.
Note, Le Conseil a décidé que les Membres ordinaires pouvaient devenir Membres à vie , en remplaçant leur coti- sation annuelle par une somme de 3oo francs une fois payée *
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 53
ARTICLES RÉGLEMENTAIRES.
ARTICLES RELATIFS X LA REDACTION DU JOURNAL ASIATIQUE.
Adoptés par le Conseil, dans sa sëance du 3 décembre i83a.
ARTICLE PREMIER.
La Commission du Journal asiatique est composée de cinq membres nommés par le Conseil et choisis dans son sein. Le président du Conseil assiste et prend part aux délibérations de la Commission, toutes les fois qu'il le juge convenable.
ART. 2.
La Commission du Journal nomme un de ses membres éditeur du Journal asiatique, et le charge de tous les détails relatifs à la rédaction et à l'im- pression.
ART. 3.
La Commission se rassemble une fois par mois; elle entend le rapport de l'éditeur, qui lui soumet les articles dont Imsertion a été demandée, et lui communique les réclamations, de quelque nature quelles soient, auxquelles la rédaction a pu donner Heu.
5/i JUILLET-AOÛT 1897.
ART. 4.
La Commission entend la lecture des articles adressés à l'éditeur, ou en renvoie Texamen à lun de ses membres, qui lui en fait son rapport.
ART. 5.
Nul mémoire, article ou fragment, quel qu'il soit, ne peut être inséré dans le Journal sans que l'édi- teur ait été autorisé à l'admettre par une délibéra- tion spéciale de la Commission.
ART. 6..
La Commission du Journal sera autorisée à faire faire des traductions et des extraits des mémoires insérés dans les recueils étrangers et à allouer une indemnité aux traducteurs.
ART. -y.
Les auteurs ne pourront pas faire de changements considérables à la rédaction des mémoires ou articles dont ils auront obtenu l'insertion dans le Journal, et dont 1 éditeur aura cru devoir leur adresser une première épreuve. Dans le cas où les changements faits par les auteurs seraient trop nombreux, les frais de remaniement et de composition resteront à leur charge.
STATUTS DE LA SOCIÉTÉ ASIATIQUE. 55
ART. 8.
Les auteurs auront le droit de faire tirer à part cinquante exemplaires au plus de leui's mémoires ou articles. Les frais du tirage à part pourront, avec lautorisation de la Commission, être laissés à la charge de la Société.
ART. 9.
La Commission est autorisée à allouer une indem- nité à l'éditeur du Journal.
ART. 10.
La Commission du Journal est renouvelée chaque année, dans la séance qui suit rassemblée générale de la Société ; les membres de la Commission peuvent être réélus indéfiniment.
Note. 1* Le Conseil a décidé postérieurement, en addi- tion à Tarticle 1 , que le secrétaire du Conseil sera membre ex officio de la Commission du Journal.
2" La Commission du Journal a établi, relativement à farticle 8 , la règle de ne pas accorder de tirage à part aax frais de la Société pour des articles compris dans la catégorie des Mélanges et Nouvelles insérés à la lin des cahiers, mais elle ne s'oppose pas à ce que les auteurs les fassent tirer à leurs frais.
bô JUILLET-AOCT 1897.
N" 1 1064. — Ordonnance dv Hoi portant approbation du Règlement de la Société asiatique.
Au château des Tuileries, le i5 avril 1829.
CHARLES, par la grâce de Dieu, Roi de France ET DE Navarre, à tous ceux qui ces présentes ver- ront, SALUT.
Sur le rapport de notre Ministre secrétaire d*Etat au Dé- partement de Tintérieur;
Vu Tavis.du comité de Tintérieur de notre Conseil d*État, Nous AVONS ORDONNÉ et ORDONNONS ce qui suit :
Art. 1". Le règlement de la Société asiatique, joint à la présente ordonnance, est approuvé; et la- dite Société est déclarée apte à posséder, acquérir, recevoir des donations et legs, enfin à agir dans son intérêt comme un des établissements publics auut- quéls s'applique l'article 910 du Code civil, sans néanmoins que ses membres doivent, par suite de cette approbation, être inscrits à ce titre sur la seconde partie de la liste du jury.
2. Notre Ministre secrétaire d'Etat de l'intérieur est chargé de l'exécution de la présente ordonnance.
Doihné en notre château des Tuileries, le i5 avril de Tan de grâce 1829 , et de notre règne le cinquième.
Si^M^ CHARLES.
Par le Roi :
Le Ministre secrétaire d'Etat an Département de V intérieur.
Signé de Martignac.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 57
NOTES
SUR
LA POÉSIE SYRIAQUE,
PAR
M. RDBENS DUVAL.
Nous ne chercherons pas, Messieurs, dans la poésie syriaque le lyrisme de Tode ni le charme naïf de Tépopée. Purement ecclésiastique, cette poésie est née et s'est développée dans le clergé aux yeux , duquel elle était le meilleur moyen de répandre dans le peuple Tinstruction religieuse et de donner aux services du culte la solennité qu'ils comportent.
Ramenée à son objet même et envisagée dans son ensemble, la poésie syriaque apparaît comme une des branches les plus importantes de la littérature , et son histoire vaut la peine d'être écrite. C'est un court aperçu de cette histoire. Messieurs, que je me propose de vous présenter.
A quelle source la poésie syriaque prit-elle ses origines? La question des origines, quand il s'agit de la culture de l'esprit humain, est toujours embar- rassante et l'on doit souvent se contenter d'hypo- thèses. Nous sommes assurément autorisés à ratta- cher la prosodie syriaque à la prosodie hébraïque ,
58 JUILLET-AOÛT 1897.
avec laquelle elle a plusieurs traits communs. La correspondance ou parallélisme des versets hébreux groupés deux par deux a son analogie en syriaque où deux vers forment une phrase métrique, un édi- fice ()Ko), comme disent les Syriens. Je ne parie pas de l'ordonnance strophique qm appartient au genre lyrique, mais je dois signaler les strophes acrostiches qui suivaient Tordre alphabétique et que les Syriens ont appris à connaître par les Psaumes et les Lamentations de Jérémie.
Cependant le principe fondamental de la métrique syriaque , le nombre déterminé des syllabes du vers , n'existe pas en hébreu. Y aurait-il là une influence de la métrique grecque et latine? Assurément non, car les Syriens ne distinguaient pas dans les vers les voyelles longues des brèves, et rien ne trahit che» eux la connaissance de la poésie occidentale à l'au- rore de leur époque littéraire. La langue syriaque, émcfusséepar l'usure, ne conserve que très rarement la voyelle brève dans une syllabe ouverte; par suite, les mots se composent de syllabes bien tranchées qui ont la même valeur prosodique. Il était donc naturel qu'une phrase rythmée comprît un nombre déterminé de syllabes. C'est le phénomène qui s'est produit aussi dans le vers français qui ne tient pas compte de la durée d'émission des voyelles. Au contraire , l'hébreu et l'arabe qui possèdent ime pho- nétique différente suivirent une autre voie.
Si aucun lien ne rattache la poésie syriaque à l'ancienne poésie de l'Occident, ne doit-on pas ad-
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 59
mettre une certaine parenté entre l'hymnologie sy- riaque et ITiymnologie byzantine et latine? La question a déjà été posée et débattue. M. Wiiheim Mayer\ en i885, a voulu établir ces rapports de parenté en cherchant l'origine des hymnes occiden- tales dans la poésie syriaque. Mais sa thèse a ren- contré plus d adversaires que de partisans; la proso- die syriaque était alors trop mal connue pour servir de base à un travail de cette nature. M. Hubert Grimme^, en iSgS, a repris Tétude de cette proso- die et notamment des règles qui régissent Taccent tonique et les strophes. Nous ne pouvons entrer ici dans lexamen de la question. II nous suffira d'avoir rappelé cette question pour vous montrer, Messieurs, que l'intérêt qui s'attache à la poésie syriaque dépasse le cercle des orientalistes.
C'est au célèbre gnostique d'Edesse, Bardesane, qui vivait dans la seconde moitié du deuxième siècle de notre ère^ que revient l'honneur de l'invention de la poésic'sacrée des Syriens, si nous en croyons saint Ephrem. Dans ime de ses hymnes contre les hérétiques^, l'illustre Père de l'Eglise syriaque dit de Bardesane :
Il créa des hymnes et y associa des airs musicaux. Il composa des cantiques et y introduisit les mètres.
^ Anfang uud Vrsprting der lateinischen nnd griechischen rythmis- chen Dichlnng , Munich , i885.
* Z. D, M. G.t XL VIII, p. 276, et Der Strophenban in den Ge- dichten Ephrœms, Fribourg en Suisse, 189 3.
^ S. Epkrœmi syri opéra syriace et latine, éd. Steph. Evod. Assé- uiani, II, 55d.
00 JUILLET-AOÛT 1897.
En mesuras et en poids il divisa les mots ^
Il offrit aux gens sains Tamertume dissimidée par la dou- ceur.
Les malades n'eurent point le choix d un remède salu- taire.
Il voulut imiter David et se parer de sa beauté.
Ambitionnant les mêmes éloges, il composa comme lui
Cent cinquante cantiques.
Selon saint Ephrem , Bardesane avait créé ces hymnes pour graver dans l'esprit du peuple les dogmes qu'il professait. Son invention eut, paraît-il, un grand succès, et son fils Harmonius, rapportent les historiens ecclésiastiques , excella tellement dans cet art qu'il surpassa même son père. Malheureusement il ne nous est rien resté de ces poésies , si l'on excepte quelques vers de Bardesane cités par saint Ephrem. Les écrits des gnostiques ont définitivement sombré avec les théories qu'ils exposaient.
Mais, si l'œuvre disparut, le moule qui l'avait façonnée subsista. Un siècle et demi plus tard , saint Ephrem empruntait à Bardesane son armure poétique pour combattre les doctrines hérétiques, et c'est sous la forme d'hymnes et d'homélies métriques que ce Père réfuta les erreurs et proclama les dogmes orthodoxes.
La fécondité de saint Ephrem fut vraiment pro- digieuse. Ses nombreuses œuvres poétiques ont été conservées religieusement et sont aujourd'hui pu- bliées. Il est vrai que l'auteur, si l'on pouvait évoquer
^ G'est-à-dire , il divisa les vers en mesures rythmées et accen- tuées.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 61
son témoignage, en renierait un certain nombre. On a mis sous 1 autorité de son nom des compositions de son école, notamment d'Isaac d'Antioche, et même de Nestoriens, tels que Narsès.
Ephrem fut dans cet art le grand maître que les écrivains de l'époque classique imitèrent et rarement dépassèrent. On lui a reproché son manque de cha- leur et sa prolixité. Le genre didactique et paraené- tique se prête peu au lyrisme. 11 ne faut pas non plus perdre de vue le caractère spécial de Thymne sacrée, qui était chantée par deux chœurs pendant les offices; or, dans ce genre de poésies, la phrase est subordonnée au chant qui lui donne son relief; ce n'est pas dans les livrets d'opéras que nous cher- chons la plus haute expression du lyrisme.
Quant à la prolixité de saint Ephrem que nous trouvons parfois fastidieuse , on ne peut la condam- ner sans tenir compte du goût des Syriens qui aiment les répétitions et les développements de la même idée,, et voient des qualités là où nous trou- vons des défauts. Ces défauts, nous les rencontrons les mêmes non seulement chez les poètes les plus estimés, Isaac d'Antioche, Narsès, Jacques de Sa- roug, mais aussi chez les prosateurs de la meilleure époque , Aphraate et Philoxène de Mabboug.
La poésie syriaque comprend deux genres princi- paux : les homélies métriques et les hymnes.
^Les homélies ou discours poétiques [h ^1 ^
) J(^MjLa:kbf ) appartiennent au genre narratif et épique ;
62 JUILLET-AOÛT 1897.
elles suivent une marche régulière et se composent de vers du même mètre. Saint Ephrem fit usage dans ses homélies du vers de sept syllabes qui, le plus souvent, se laisse diviser en deux mesures rythmiques de trois ou quatre syllabes. Après lui on se servit aussi pour ce genre d'autres mètres. Mâr Balai composa des poésies en vers de cinq syllabes, comprenant deux mesures de deux ou trois syllabes. Narsès, dit-on, préférait le mètre de six syllabes; mais cette assertion ne s est pas vérifiée, ses poésies sont en vers de sept syllabes ou en vers de douze syllabes. Cest également le vers de douze syllabes, divisé en trois mesures de quatre syllabes chacune, qu'employa Jacques de Saroug dans ses nombreuses homélies. Jacques, nous apprend Barhébrœus^, composa sept cent-soixante homélies que soixante-" dix scribes étaient occupés à copier.
Les homélies étaient le plus souvent écrites en vue des fêtes de TEglise et des commémoraisons des saints et des martyrs , pendant les offices desquelles elles étaient récitées. Parfois aussi elles furent écrites pour Tédification des fidèles et pour servir de lec- tures pieuses. Dans ce cas, elles pouvaient avoir rétendue d'un long poème. Nous possédons d'Isaac d'Antioche une homélie sur la pénitence de 1 9 2 4 vers et une homélie de 2 i33 vers sur un perroquet qui chantait à Antioche le trisagion. Jacques de Saroug est l'auteur d'une homélie de i4oo vers sur le char
* Chronique ecclésiastique, I, 191.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRUQUE. 63
qui apparut en vision à Ézéchiei, d'une autre de ySo vers sur ia légende d'Alexandre le Grand, etc. Si le poème était trop long pour être lu d'une seule haleine, on le divisait en plusieurs homélies. Ainsi le poème sur le patriarche Joseph, qui est attribué à saint Ëphrem et qui est probablement de cet auteur est divisé en douze homélies ou chants.
Je dois maintenant, Messieurs, vous parler du second genre de la poésie syriaque , des hymnes. Je retiens le mot hymne qui est consacré par l'usage. Mais les Syriens ne connaissaient pas ce terme; ils appelaient les compositions de ce genre des instrac-
lions (JLiLfjJo). C'était en efifet, nous l'avons rappelé, par des hymnes que Bardesane répandait dans le peuple ses instructions religieuses, et saint Ephrem suivit son exemple consacré par le succès. Si Barde- sane composa cent cinquante hymnes, les œuvres de saint Ephrem comprennent plus du double de ces poésies. Les unes sont dirigées contre les héré- tiques et les sceptiques; d'autres ont un caractère parsenétique; d'autres encore étaient destinées aux diflFérentes fêtes de l'Eglise et des saints et étaient chantées après la récitation des homélies.
t Lorsque saint Ephrem , rapporte son biographe , vit le goût des habitants d'Edesse pour les chants , il institua la contre-partie des jeux et des danses des jeunes gens. Il établit des chœurs de religieuses aux- quelles il fit apprendre des hymnes divisées en strophes avec des refrains. Il mit dans ces hymnes
04 JUILLET-AOÛT r897.
des pensées délicates et des instructions spirituelles sur la nativité, le baptême, le jeûne et les actes du Christ , sur la Passion , la Résurrection et rAscension , ainsi que sur les Confesseurs, la pénitence et les défunts. Les vierges se réunissaient le dimanche, aux grandes fêtes et aux commémoraisons des martyrs; et lui, comme un père, se tenait au milieu délies, les accompagnant de la harpe. Il les divisa en chœurs pour les chants alternants et leur enseigna les différents airs musicaux , de sorte que toute la ville se réunit autour de lui et que les adversaires furent couverts de honte et disparurent. »
Cependant une autre tradition recueillie par This- torien Socrate, vi, 8, et suivie par Salomon de Bas- sora, i3o (trad. ii5), et par Barhébraeus, Chron. eccL, I, 4i, attribue Tinstitution des deux chœurs à saint Ignace d'Antioche, qui en aurait reçu Imspi- ration dans une vision. Les anges lui étaient apparus célébrant les louanges de la Trinité dans les hymnes quils chantaient alternativement.
A la différence des homélies, les hymnes repré- sentent le genre lyrique et renferment toutes les va- riétés dont ce genre est susceptible, depuis le vers de quatre syllabes jusqu'à celui de dix syllabes. La principale strophe était chantée par le premier chœur, la seconde strophe, beaucoup plus courte, formait le refrain et la partie du second chœur.
Le refrain comprenait une doxologie ou une prière; il revenait sans changement après chaque strophe principale , ou il variait dans ses expressions.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 66
Uétait.chantésurie même; air que les autres stropheis de l'hymne. »
Les airs musicaux étaient ^indiqués par des ru- briques en tête des hymnes. Ces rubriques donnaient les premiers mots de Thymne dont le chant connu servait de modèle; par exemple, la rubrique sur Uair de ce jour indiquait le chant de Thymne sur la Nati- vité, qui commençait par les mots Ce jour. Dans nos recueils de cantiques ou de chansons populaires les airs sont notés de la même manière.
Les airs variaient suivant les diverses espèces d'hymnes, dont les strophes étaient formées de mètres pareils, ou de mètres d'inégale longueur. M. Lamy, qui a consacré une étude aux poésies de saint Ëphrem, a reconnu 66 variétés d'hymnes chez cet auteur ^.
Ephrem nous a laissé un certain nombre d'hymnes acrostiches dans lesquelles les strophes sont dispo- sées suivant l'ordre alphabétique, à l'instar de plu- sieurs poésies hébraïques. Avant cet auteur, Aphraate avait déjà fait usage de ce procédé de notation; cha- ciuie de ses homélies en prose commence parime lettre de l'alphabet qui en fixe le rang. Des acros- tiches de mots sont plus rares. Saint Ephrem a signé quelques-unes de ses compositions au moyen de l'acrostiche formé des lettres de son nom.
Une variété de l'hymne était le cantique, sougithâ
(|J(w^£o), qui renferme une prière ou les louanges
^ On, syriaç prosody, dans les Actes du Congrès des Orientidistes de Londres de 1891.
X. 5
■ ■raiMSUB ■AXIOIAU.
66 JUILLET-AOOT 1897.
de la Divinité ou d'un saint. On trouve des cantiques écrits en strophes acrostiches et rattachés à des ho- mélies, après lesquelles ils étaient chantés par les chœurs pendant les fêtes rdigîeuses. De ce genre sont les neuf cantiques du célèbre docteur nestorien Narsès , qui nous sont parvenus dans des manuscrits , dont deux copies exisient ^ Europe, Tune à la Bi- bliothèque royale de Berlin , lautre au Musée Borgia. Nous en devons la connaissance à MM. Sadbau et Feldmann qui les ont publiés Tannée dernière^. Ces cantiques- se rapportent à ht Nativité de Notre Sei- gneur, à rAnnonciation, à rÉpiphanie, à la fête de saint Jean-Baptiste, à la fête des Docteurs nesto- riens Dîodore, Théodore et Nestorius, à la Passion, aux Rameaux, à la fête de' Pâques et à la fête des Confesseurs (célébrée le vendredi de la semaiine de Pâques).
Le caractk^ disiinctif de ces neuf cantiques est la forme dialoguée qu'ils présentent. Après une courte introduction dont Tétendue varie de cinq à dix strophes de quatre vers de sept syllabes, com- mence le dialogue entre deux personnages ou groupes de personnes; ainsi, dans le cantique de la Nativité, le dialogue a lieu entre la Sainte Vierge et les rois Mages; dans le -cantique de TAnnonciation, entre Tarchange Gabriel et la Vierge Marie; etc. x\ chaque personnage est attribuée , à tour de rôle , une strophe ;
> f
' Sachau, Veber die Poexie in der Volksprache der Nestorianer dans les Rapports de rAcadémie tle Berlin, t. XI, 1896, p. 196. Feldmann, Sjrische JVecksellieder von Narses, Leipcig, 1896.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 67
ks strophes sont disposées psq* ordre, alphabétique; chaque lettre de l'alphabet a deux strophes, ce qui forme pour la partie dialoguée quarante-quatre strophes, les lettres de l'alphabet syriaque étant au nombre de vingt^deux. . ,. . i
• Ces cantiques sont deSipetifs drames d'une vive allure et empreints d'une certaine grâce ;«fls rappel- lent ces drames religieux du moyeu âge dans les- quels les principaux actes de Notre Seigneur et de la Merge étaient mis-.en scène. Les Syriens semblent avoiy fort goûté ce genre. Les cantiques^ sur la Nati- vité, sur l'Annonciation et sur l'Épiphai^e, bien qu écrits par un nestorien, opt été' admis idkns le bréviaire maronite pour l'office d^ ces^ fêtes, mais débaptisés et placés sous l'autorité de saint Ephrem.
Telle est, esquissée à grands traits^ la poésie sy- riaque 4^ i'époquç pu florissait la littérature, du IV® au vra* siècle de notre ère.
La décadence comnaenceun siècle après la con- quête arsfbe. La langue syriaque, supplantée par l'arabe, cesse peu à peu d'être pariée, mais elle de- meure la langue littéi'aire. H ne semble pas , autant que nous pouvoirs en juger dans l'état actud de nos connaissances, que la poésie arabe ait exercé son in- fluence sur la poésie syriaque avant le x* siècle^.
^ Le Liber tkesaxai de arte poetka du P. Gardahi renferme des poésies rimées attribuées à des auteurs antérieurs , mais ces attri- butions sont erronées. La poésie de la page ia3, dont Tacrosticbe est formé par la rime,* commune à tous les vers de la strophe, nW certainement pas de Jésuyabh d'Adiabène. Les dates indiquées dans cet ouvrage, à la fin de chaque morceau, pour la mort des
5.
68 JUILLET-AOÛT 1897.
C est à cette époque que nous constatons Tusage de la rime introduite dans la poésie syriaque par imi- tation de la poésie arabe ^ et cet usage ne tarda pas à se généraliser ^. Les anciens Syriens ne connais- saient pas lart de séparer les vers par la rime., On à relevé, il est vrai, quelques traces de rimes dans les poésies de saint Ephrem, mais ces cas isolés étaient lefiFet du hasard et n avaient rien d'intention- nel; on en trouve également des exemples dans d autres poètes de la bonne époque.
Gomme dans la Qasida arabe, la rime est quelque- fois la même pour tous les vers dune poésie*. Mais, dans la grande majorité des cas, les vers de la strophe seulement riment entre eux. Les Syriens, d'ailleurs , ne se sont pas astreints aux règles étroites de la prosodie arabe ; ils ont créé un nouvel art qui
auteurs , sont fausses en grande partie. Il n*est pas possible d^accep- 1er la date de 5oo pour Jean Ibn Khddoun , p« 78 ; de 600 pour Bâ*outh, p. 76; de 793 pour Israël d'Alqosch, p. 96; de 790 pour Adam d*Agra, p. 102, comp. G. Hoffmann, Auszûge, p. 180.
' Voir dans le Lihei* thesauri les poésies : de Slibha Al-Mansouri ; dont le P. Gardahi place la mort en 900, p« 67; d*£lias d'Anbar, p. 72, comp. Wright, Syriac literature, p.' 849; d*Abdischo £s- schakhar(?], p. i36, comp. Wright, ibid,, p. 849.
* Les poésies non rimées sont rares à partir de cette époque; on en trouve une de Timothée de Karkar (mort en 1169), qui ne di£Eere pas des anciennes homélies , Liber thesauri, p. i45.
' Déjà au X* siècle, chez Elias d*Anbar, Liber thesavui, p. 72, et au siède suivant, chez Elias bar Schinâyâ, ibid,, p. 83; comp. encore dans ce livre pour les siècles postérieurs : Ai Madjidi , p. 160; Ibrahim de Séieucie de Syrie, p. io4; Abdischo, le pa- triarche chaldéen, p. 80; Gabriel le Ghaldéen, p. 120; Asko Ai- Schabdani, p. 168. Voir aussi le Paradis de l'Eden d^Ébedjésu pu- blié par le P. Gardahi ; Rabban Hormizd publié par M. Budge.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 69
comporte plusieurs variétés. Le mètre de douze syl- labes, par exemple, qui, comme nous lavons dit, comprend trois mesures de quatre syllabes , peut re- cevoir la rime à la fin de chaque mesure; parfois les deux premières mesures auront une rime propre ou rimeront chacune avec la mesure correspondante dans les autres vers de la strophe. On trouve une variété dans laquelle chaque strophe a sa rime propre, excepté le dernier vers qui reprend, comme un refrain, la rime de la première strophe^. Quand les strophes sont acrostiches, et le cas est fréquent, il arrive que la rime de la strophe est formée par la lettre correspondante de lalphabet^. L'art suprême consiste dans un double acrostiche, la lettre alpha- bétique commençant et terminant le vers ^.
On voit que les Syriens de la décadence accumu- lèrent les difficultés de versification et firent de la poésie un jeu de Tésprit où Tart eut une part bien minime. C'est des Syriens de cette époque qu'on peut surtout dire qu'ils eurent des versificateurs et non des poètes.
Les mètres ordinaires des anciennes homélies, le mètre de sept syllabes et celui de douze syllabes de- meurèrent en faveur et peu de nouvelles lignes mé- triques furent introduites. L'homélie et l'hymne que
' Voir la Mn* homélie du Paradis de l'Eden d*Ébedjésu.
* Voir dans le Liber thesaari^ Jésuyabh de Hazza, p. 134 ; George d'Alqosch , p. 1 3o , etc.
' Voir, outre le Paradis de l'Eden d*Ébedjésu, la poésie d*israêl d*Aiqo8ch, Liber thesaari, p. 96, et cdle dlbn Al-Masihi, ibid,, p. io5.
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la poésie primitive distinguait, fareût confondues. On transporta aux homélies les propriétés des hymnes ; la coupe régulière des strophes et Tacros- tiche. Rarement cependant on fit usage dans les strophes de mètres différents : on ralcontre des strophes de vers de sept et huit syllabes et des strophes d*un vers 'de quatre syllabes et de trois vers de sept syllabes ^
Frappés de la richesse de la langue arabe, les Syriens de basse époque voulurent prouver que le syriaque ne le cédait en rirà à Tidiome de leurs ri- vaux. Ils recherchèrent les expressions rares ou ar- tificielles qu*ils affectaient de considérer comme des archaïsmes propres à donner du relief aux hnages poétiques. Le lexique dans lequel Bar Bahloul avait réuni et commenté les mots de cette nature, 'dont beaucoup ne doivent leur forme nouvelle qu*à des fautes de copiste, le lexique de Bar Bahloul, dis-je, fiit une mine précieuse potu* ies compositions mé- triques des derniers siècles.
Le modèle du genre est le Paradis de ÏÉden qu'Ebedjésu ou, suivant la prononciation orientale, Audischo , métropolitain de Nisibe, composa en 1 290. Ëbedjésu prit comme modèle le célèbre auteur arabe Hariri qui, dans cinquante mxufâmât ou séances, se livra aux exercices des jeux de lesprit les plus sur- prenants. Agrémentée du sel de l'ironie orientale, reproduisant avec un art rare les finesses de la
^ Voir Liber thesami, p. 76, 126 es 128. Le Paradis de VEden. renferme d'autres variétés.
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 71
langue vulgaire, lœuvite.de Hariri fut fort appréciée non-seulement des Arabes, mais aussi des Juifs et des Syriens, Un poète juif de la fin du xn* siècle, Juda Harizi, de Tolède, fut si charmé par la lecture des nuujjâmât, que non-seulement il les traduisit ^ en hébreu', mais qu'il écrivit, pour les imiter, le Sépher tahkembni, ouvrage qui, sii reste bien au-dessous de Toriginal, ne manque pas dune certaine saveur lit- téraire.
Le livre du Paradis de VÉden ne se recommande que par lliabileté que son auteur d^oya dans ces tours de force de Tesprit; Ebedjésu travaillait avec une langue morte et, en pareil cas, le talent nest plus que de l'artifice. En outte les cihquarite homé- lies qu'il écrivit, à l'instar des dnqaaLiAe maqâmât, traitent de sujets religieux qiii se prêtent peu aux jeux de l'imagination. Le plaisir de la difficulté vaish eue peut rémunérer l'auteur de ses peines; il ne ra- chète pas la fatigue que le lecteur éprouve à suivre l'idée du' récit. Quelques exemples nous donneront une idée de ce pastiche. La troisième homélie se compose de lignes métriques de seize, syllabes se lisant à volonté de droite à gauche ou de gauche à droite et formant un double acrostiche. Dans la qua- trième homélie tous les mots se terminent par la lettre olaf; les strophes doublement acrostiches com- prennent quatre vers de sept syllabes. En sens inverse H n'y a pas un seul olaf dans la quinzième homélie, composée également de strophes doublement acros- tiches de quatre vers de sept syllabes; de plus, il y
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a une rime unique en an ^ La sixième homélie est écrite en vers de sept syllabes qui deviennent des vers de six syllabes, si Ton retranche dans chacun d eux un mot écrit en rouge et qu*on peut supprimer sans. que le sens soit modifié ; cest une poésie acros- tiche avec la même rime pour.tous les vers. Dans ia vingt et unième homélie. tous les vers contiennent les 2.2 iettres de lalphabet, ni plus ni moins; : ce sont des vers acrostiches de douze syllabes. > AïK • nombreuses variétés prosodiques que ses devanciers lui avaient léguées, Ebedjésu ajouta encore de nou- velles subtilités qu'il créa à limitation de Hariri ^.
Nous terminons cette notice sur la poésie de ia décadence par. la mention d'une autre œuvre aussi bizarre, mais à un titre différent. C'est un poème sur Rabban Hormizd, le fondateur du couvent nés-, torien d'Alqosch. L'auteur du. poème, un moine de ce couvent, .du nom de Sergis, n'a pas indiqué l'époque à laquelle il vivait, mais ce n'est pas lui faire . injure que de descendre son œuvré au xvif siècle^. Ce poème en vers de douze syllabes est
^ Gomp. une poésie d'Elias bar Schinâyâ, également sans olaj et avec la rime unique an /dans ie Liher thesauri, p. 83.
* Nous ne connaissons le Paradis de lÉden que par Tédition du P. Cardahi, Beirouth, 1889, qui ne renferme que les vingt-cinq premières homélies.
' George d'Alqosch qui, selon le P. Gardahi, mourut en 1*7 00 -, , est l'auteur d'une poésie publiée dans le Liber thesauri, p. i3i, et dont la facture rappelle beaucoup le genre de Sergis d'Alqosch. Le poème de Sergis a été publié par M. Budge, The life of Rahhan //ormûcf, Berlin, i8q4.'
NOTES SUR LA POÉSIE SYRIAQUE. 73
un long acrostiche divisé en 22 chants suivant les 22 lettres de Taiphabet, non compris le prologue et l'épilogue. La rime, qui est la même pour tous les vers d'un chant, est formée par la lettre alphabé- tique à laquelle le chant correspond. Mais c'est moins la forme poétique du livre que la langue dans laquelle il est écrit qui lui donne sa physiono- mie étrange. Dans notre compte rendu de ce livre, dans le Journal a^io^i^a^, janvier-février iSgS, p. 1 83 , nous disions : « Ce qui fait le caractère par- ticulier de l'œuvre de Sergis, c'est une recherche exagérée de mots inusités, de néologismes d'une sin- gulière audace, de locutions détournées de leur sens usuel. . • . . L'auteur en arrive à composer de véri- tables rébus, dont on n'aurait la clef qu'en feuille- tant les lexiques de Bar Ali et de Bar Bahloul, siun commentaire marginal n'épargnait au lecteur ce tra- vail en reproduisant les gloses . explicatives de ces lexiques. » Ainsi, Ëbedjésu avait dû, pour faciliter la lecture de son Paradis , y ajouter un commentaire. Le pâle éclat que les lettres syriaques jetèrent pendant leur décadence, brilla surtout dans la Mé- sopotamie orientale où les Syriens les moins éloignés du siège du Gouvernement menîàent une existence supportable, d'est aux nestoriens que nous devons la majeure partie des compositions qui nous ont permis de jeter un coup d'œil sur la poésie syriaque de la basse époque.
74 JUILLET-AOÛT 1897,
I
LA COMPLAINTE MIMÉE
ET LE BALLET EN CORÉE,
PAR
, I
M. MAURICE GOURANT.
Le théâtre se présente en Corée sous deux formes : lune est la complainte mimée, Tautre une sorte dô ballet. Comme on le sait, la langue coréenne "est presque uniquement iJne langue parlée et le petit nombre de romans et de chansons qui sont écrits en coréen, sont destinés au peuple et aux femmes; la poésie coréenne^ la complainte {tjap ka IHfK) comme les autres genres, est donc restée jusqu'ici à Tétat rudimentaire ; il est très difficile d'en dis- cerner les rè^es, tout instinctives et jamais formu- lées; jai tâché, avec raide d'im lettré coréen, qui se livrait pour la première fois à une semblable étude, d'en préciser les principes et je suis arrivé seulement aux résultats suivants : on ne tient compte ni de la quantité, ni du ton, ni de la rime; les vers ont environ de douze à vingt syllabes ; chaque vers forme une phrase complète, tandis que la phrase en prose s'étend parfois sur plusieurs pages; enfin on recherche les expressions imagées et gracieuses très souvent inspirées des tournures poétiques chinoises.
LA COMPLAINTE MIMÉE ET LE BALLET EN CORÉE. 75
Les compiaintes ont habituellement pour «sujet une action lég^idaîre ou anecdotique : elles sont accom- pagnées par le tambour «t la flûte, récitées sur un ton de psalmodie et mimées par un ou deux acteurs , baladin» qui mènent une existence nomade et ap- partiennent aux derniers rangs de la poptdation, à tel point que lentrée de Séoul leur est interdite.
Les ballets [moa t|) ne sont pas rares au Palais, mais ils sont supprimés en temps de deuil et la plus grande? partie de mon séjour à Sebul a 'coïncidé avec une de ces périodes; ils sont dansés par des femmes qui forment une corporation spéciale presque héréditaire; ils rappellent des légendes nationales ou chinoises; un assez grand nombre ont été introduits de Chine à Tépoque des Thang ou à Tépoque des Song; quelques-uns, remontant jusqu*à la période du Sin ra, sont accompagnés de chants en langue indigène, mais, pour la plupart; laccompagnement est Une poésie en langue chinoise^. Les ballets popu- laires ne sont autorisés à Séoul que le jour de la fête du Bouddha; quelques gens riches, à cette oc- casion, louent des baladins, leur dûnnent des vête- ments €Jt des masques. J'ai assisté à une représeritation de ce* genre : elle avait potir scène un endroit sec du principal égout de la ville; le ruisseau coulant droit jusqu^aux murailles, les montagnes qui ferment à IVst la plaine de Séoul; servaient de décor; les spec- tateurâ étaient jgroupés sur les beiges du ruisseau et sur les toits des maisons; l'orchestre, placé en avaht de la scène, se composait d'un instrument à cordes.
76 JUrLLET-AOOT 1897.
d*une flûte et d*un tambourin : ce dernier marquait une mesure à quatre temps, deux coups sonores, suivis dun coup sec, puis d'un silence. L*un des acteurs, avec un manteau bieu clair, un capuchon gris, un masque de nègre, représentait un bonze; deux autres, avec le costume ordinaire, avaient des masques grotesques de vieillard ; deux femmes por- taient les vêtements coréens, deux autres étaient habillées à la chinoise. L action, de texture très lâche , était celle d'une farce grossière : un vieiUard a une jeune femme; il veut la défendre contre les entreprises d'un jeune homme; il est souffleté par sa femme et cherche à tuer l'amant qui s'empare du poignard. Pas un mot n'était prononcé, tout était exprimé par la pantomime; celle-ci même était très brève et coupée de danses de différents rhythmes ayant un léger rapport avec la situation des perscm- nages. Le public ne paraissait que médiocrement satisfait des acteurs et la représentation se termina par un échange de coups de pierres.
Voilà tout ce que j'ai trouvé de théâtre en Corée: peut-être y a-t-il là le germe du drame ou de la comédie; à coup sûr, ce germe manque de dévelop- pement. Cette note semblera, sans doute, un peu brève : mais je n'ai prétendu donner aujourd'hui qu'un résumé de la question, réservant pour des travaux ultérieurs les détails que je possède sur quelques points de ce sujet et que de nouvelles re- cherches me donneront peut-être l'occasion de com- pléter.
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 77
MÉLANGES
ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES,
PAR
M. KARPPE.
(suite.)
Ex. I, 4-5. apy» Ti"» '»xs\ absolument équivalent à lassyrien [apla ristam) tarbit birkia (« fils aîné ») « pro- duit de mes reins » , voir Sancherib-Prisme , col. lll, 1. 63 et 64. Cette expression abonde dans les exordes des Fastes. On trouve aussi sit Ubbi «produit du cœur, sorti du sein de . . . ».
V. 1 4. o^^ih « briques ». L'Egypte ne faisait cepen- dant pas un tel usage de la brique. Nous avons pro- bablement ici un souvenir de la vieille Ghaldée, où la brique d argile battue était la grande et presque unique matière de construction. Le mot naaS est plutôt assyrien qu'hébreu; la racine labana « aplatir » (doù libinla,libittu* brique ») n'existe qu'en assyrien.
Les Hébreux firent de la sorte, du mode de con- struction de leurs origines, un type immuable.
II , 1-10, rapporte les traditions sur l'enfance de
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Moïse. Voici une tradition semblable dans ses grandes lignes, qui est rapportée sur Sargou I(iii R., 4, 7) : Sarrakin sarrii dauna scar Aga-m anaku ammi enitam abi al idi aha abia irami sadd mkhazi Azapirani sa ina ahi Paratta sakna irama ammns enituiri ina p^zri ulidanhi iskandnni ina kappi êa suri itik idda bâbi'ipid idanni ana nari sa la elia issanni naras ana eti Akki nak me abi lanni Akki aak na ina hiip ... {i (?) la {?) asilaani Akki nak me ana marati arabanni Akki nak na ana zikar-kira-ti lu (?) iskunanni ana [ina) zikarki'- rutia Istar lu iramanni . , . sanati . . . sarruta lu epas . ... «Sargou, roi puissant, roi d'Agane moi. — Ma mère était de naissance princière, mon père inccHmu, tandis que le frère de mon père habitait la mon- tagne. Ma ville est Azupiranu , sise au bord de l'Eu* phrate. Ma mère, de race princière, me mit au jour en secret. .Elle me posa dans une boîte de.(?), en ferma et afifermit louverture au moyen de poix. Elle me jeta dans le fleuve qui n'était pas très abon- dant (?). Le fleuve m'entraîna et m'apporta à Akki, le puiseur d'eau. Akki, le puiseur d'eau, me lira au bord(?); Akki^ le puiseur d'eau, m'éleva jusqu'à- la jeunesse; Akki, le puiseur d'eau, fit de moi un jar^ dinier; pendant que j'exerçais ma fonction, Istar me fut favorable. .... d'années j'ai exercé la souverai- neté ». . . '
^ La elia signifie peut-être que le fleuve ne poundt prendre. le dessus (élu) y ne pouvait submerger la bojte.
* Hi-ip [hipu) «côté, bordi est clair; le contexte est assez ob- scur. . i
MÉLANGES ASSYRIOLOÔIQUES ET BIBLIQUES. 79
Malgré les di£Pérences et les lacunes, la parenté de cette légende avec celle de Moïse est évidente; t
III , I , « montagne d'Élohim » , c est-à-dire sur la- quelle réside Elohim , voir Ex. , 18, i5, 1 R., 19,8; c est une espèce d'Olympe sémitique , c est là que le Décalogue est promu%ué. • '
Ex.j^ch. 19 et ao. «^Cest sur son sommet que Moïse va chercher les tables de la loi », puis 33', 3 ; « Jahvé vient du imont Paran ». Pour la raôe s^émi-^ tique, originaire de la plaine babylonienne, la mon- tagne est un phénomène frappant et le sommet ne peut.éire habité que par les dieux. Les Hébreux ^nportèrent de Ghaldée la notion d*une montagne détemiinée aslsignée* au< séjour des dieux, et,' arrivés en Palestine; ils étendirent cette^notion à beaucoup de montagnes/ - . '• . .
Nous verrons comment les ideux mythes, nés enf Babylonie dan^ leur ciâdre Véritable, trbiïvèi'èht à se loger en Canaan; Dous< verrons i'imaginiation popu- laire se contenter desà-peu-près les plus fantastiques pour pouvoir localiser ses traditions. Mais liWitici- pons pas. - ' :
.i\
V. 1 5 . "nt iih '»'nDT HT ; traduire le mot "ot par son sens habituel ; « âouvènir » ne donnerait pas^beaucoup de sens. Il faut prendre le mot dans 'son acception première, telle qu'elle existe en assyrien dans le mot zikran « mention, appellation », tout à fait syno- nyme de jama «nom». C'est ahiA que le mot se
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trouve dans notre vers, en parallélisme avec op . De même, Ps. , 3o , 5 , il faut traduire : « Rendez grâce au nom de sa sainteté»; voir aussi Elx., 20, 2^; Is. , 63 , 7. L'idéogramme assyrien ma se lit à la fois samu et zikrun. IV. 24, v.
V. 3. 2in2 1K 1212 uy^s.'* }6c De crainte que Jahvé ne le frappe de la peste ou du glaive »• La peste et le glaive sont des armes aux mains de Jahvé. Ail- leurs, dans Jérémie, 21, 7; 2a, 10; 27, .17, nous trouvons lexpression plus complète de « g^ve, peste et famine». Voir aussi Ézéch.., 5, 12; 7, i5;.28:, 23 ; 33 , 12, où 3")n est remplacé par D*i « sang ». Jl ne faut pas considérer ces expressions comme signi- fiant simplement que Jahvé suscite la guerre, les maladies et la stérilité, pour frapper des ennemis.. Ce nest pas, en tout cas, le sens primitif. Dans la théophanie de Habacuc, chap. 3, nous lisons au V. 4 vbyib f\vi xn 121 ^S'» v^vh « Devant lui marche la peste et ^Dn éclate sous ses pieds »; v\}0"), qui si- gnifie proprement « chaleur ardente », est ici en pa- rallélisme avec ")3l et signifie « la chaleur ardente., fiévreuse, et féconde en peste». Ce sens est incon- testable dans Deut., 32, 2^, ^e^i ^Dn^ «ceux qui sont dévorés par la peste » (voir le contexte). Jahvé apparaît donc dans cette manifestation comme un Nergai biblique. Nergal, parmi d autres fonctions multiples, préside aux fortes chaleurs du soleil, au méridien et au soleil caniculaire , partant à la peste: m R., 60^ 1 13, Nergai ikkal mutane ina mat nakri
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 81
ibasa « Nergal dévorera , des pestes séviront au pays des ennemis» (comp. Ezéch., yi, i5). De même, ni R. , 61, 5 7-58 , kalbe imatu Nergal nisi ikkal « les chiens mourront (rage), Nergal mangera les hom- mes ». Voici un texte tout à fait similaire de notre texte biblique, dans lequel sont réunis, avec le feu, Tépée , la peste et la famine :
Ina pairi Ninib hanta [mikit isati?) hnsalihi lipit lira akatta napsatsan « par le glaive brûlant de Ninib (par le feu), par la famine, par Tattouchement de Ura, je mettrai fin à leur vie». (Ura est probable- ment un nom de Nergal , en tant que dieu spécial de la peste. ) — Enfin voici un dernier exemple tiré de la Bible : n Sam., 2^, i4-i6, David ayant choisi la peste entre les différents châtiments que Jahvé lui a proposés, fange de Jahvé vient fapporter et sévir parmi le peuple. Quelques assyriologues lisent même dans le récit du déluge, col. II, 45, le nom propre Dibbaraf et nous aurions ainsi une divinité même appelée ")3i .
De même pour fépée de Jahvé , le sens postérieur a été : « Jahvé suscite la guerre , le glaive des enne- mis», dont il fait en quelque sorte son propre glaive; mais tel n'a pas été le sens primitif. Dans Deut., 32 , ^l et 42 , '»3")n pi3 ^m:t2; dk « si j'aiguise réclair de mon épée » et ")t?3 b^i^:) '»3")n « mon épée dévore la chair » , il s'agit bien du glaive aux mains de Jahvé, appellation ou de la foudre, ou de Téclair
synonyme de "^sn « flèches » que nous trouvons en parallélisme dans le même verset 4 2 , et que nous
X. 6
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avons expliqué ailleurs par éclairs ». Quand Jérémie, 47,6, s'adresse à Tépée de Jahvé et lui dit : n^tc ly "•DT! '•yain Tiyn Sk ^ddkh '•opern k^ « jusquà quand ne t'arréteras-tu pas? rentre dans ton fourreau, re- pose-toi, fais silence » , il entend bien parier de la guerre, comme animée, excitée par Tépée de Jahvé; Ezéchiel, 21, 1 3-25 , 1 epée de Jahvé a été donnée à aiguiser, afm quelle fasse un grand carnage, afin quelle frappe à gauche, à droite, sons relâche; c'est encore Tépée de Jahvé qui s avance en tête de toutes les épées du roi de Babel; Is., 34, 5, est clair : ^a T)n onK Sy n^n ^ain o^Dcra nnn « Car mon épée , au ciel, se gorge, et voici, elle descend sur Edom », et V. 6, répée de Jahvé est remplie de sang. Ezéchiel, 3o, 25 («Ils sauront que je suis Jahvé») «lorsque je remettrai mon épée aux mains du roi de Babel »; enfin Nombres, 22-23, fange qui se présente à Balaam , 5 , 1 3 , 1 4 , fange qui se présente à Josué ont tous deux fépée de Jahvé. — Jahvé, armé de f épée , a encore absorbé en lui plusieurs divinités babyloniennes armées ou du glaive ou de la lance « et en particulier Nergal, qui est également dieu de la guerre et, en cela, armé d'une épée sukuda; con- sidéré comme dieu de la guerre, Nergal est rendu par l'idéogramme ► ► J — ^»^ Jj , qui signifie « dieu à épée », voir m R., 67, 70, c'est-à-dire Ninib aussi est armé de la lance et de l'épée et préside à la cha- leur de certaines heures de la journée. A la base de toutes ces conceptions , il faut chercher des phéno- mènes atmosphériques , soit la chaleur, soit f édair.
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BffiLIQUES. 83
soit la tempête. Peut-être cette origine se laisse- t-elle encore surprendre dans Tassociation des mots 3*în pna «éclair de l'épée», ann Vinb «chaleur brû lante de Tépée», voir Gen., 3,2/1; Deut., Sa, 4i; Ezéch., 2 1, i5; Nahun, 3,3; Job, 89, 23. Nous aurons une meilleur occasion pour revenir plus longuement sur les divinités guerrières de la Baby- lonie en comparaison avec Jahvé.
V, IX, 7. a^ 133^ « Il appesantit le cœur de » (voir aussi Zach., 7, 1 1; Is. , 6, 10; cest lassyrien ikbuad Ubbasanu ana . . . , avec la nasie belti tibsa ikbuad « il endurcit, appesantit son cœur pour ne pas payer tribut ».
V. 9-28. m^tp, le tonnerre est appelé les « voix de Elohim », voir Ex. , 1 9 ; 1 6 , 20 , 1 8 ; i Sam. ,12, 17, i8; Job, 28, 20; 35, 2 5 ; voir tout le Psaume 29.
V. xm, i5. ^^i^y {'•a niDûio^i in^ h:f nw^ « signe sur sa main et bandeaux entre tes yeux ». De même Deutér. , 6 , 8 , « Tu attacheras ces paroles comme un signe sur ta main et comme des bandeaux entre tes yeux »; la racine tatapu, inusitée en hébreu, existe en assyrien, avec le sens de «entourer, bander» (voir II R., 23, 2, 3 c). La métaphore signifiant, dans la suite, «avoir des paroles», ou «préceptes toujours présents dans sa main, sous ses yeux», doit être prise originellement à la lettre; elle vient de l'habi- tude qu avaient les Babyloniens d'écrire certaines
6.
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paroles magiques, formules dlmprécation ou de guérison sur deux bandes, une en étoffe blanche, l'autre en étoffe noire. .Ces bandes tenaient lieu de talismans que Ton appliquait sur les mains ou sur ié front. Elles étaient surtout en usa'ge contre ce qu^on appelait le démon du mal de tête ou de la fièvre , Voir nR., pi. l8^ 18* formule.
XIV, 60. «Jahvé combattra pour nous» est à prendre à la lettre. « Jahvé descendra et frappera dans les rangs ennemis», voir même chap., v. 26, cbap. i5, 3. Jahvé est appelé riDn^D C^^K «homme de guerre » , et cette poésie est une des plus vieilles de la Bible. Voir aussi Jos., 10, iti; 10, 42; Né- hémie, 4, i4; Ps. nlx, 6, Jahvé est appelé l^'22 non^D « im béros de guerre ». Le terme mn^ niDn^D de Nomb., 21, lA; i Sam., 18, 17; 28, 28, doit être interprété, à mon sens, non par «guerre entre- prise pour Jahvé, mais par Jahvé ». Chez les Babylo- niens, Nergal, le dieu de la guerre, est de même appelé kanadUf équivalent exact de ina «héros» (iv R., 26, 2 a), et le nom a même passé à la pla- nète Mars qui le représente » (n R. , 48 , 53 a-6 ; V R. , 3i, 3 , i3-i4).
V. 27. 'î:n'»ic^ «La mer retourne à son jn^K » : d'après de que nous avons dit sur le mot lir»», le sens est bien ici : « la mer retourne à son ht antique, retourne à son cours normal». Voir sur Gen., 4 9, 24.
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XV, 5. Le mot mDinn avec Je sens de « flots » est tout à fait abusif f Torigine étant Dinn «abîme cos- mique » ; de là , le sens a passé à celui de « mer ter- restre », puis « flots »; dans la vieille langue, le mot n est jamais employé au pluriel. Or, comme le mor- ceau poétique qui va de 1 5 , i à 1 7, est d un caractère plutôt archaïque, il faudrait peut-être lire Tihamat et non Tehomotf et nous aurions là un souvenir du Ti'amat babylonien. Le pluriel du verbe au v. 8 ne prouve rien; avant la fixation massorétique, rien ne distingue le singulier du pluriel; KDp peut être lu XDp aussi bien que iKDp^.
V. 1 1 . Rappelle absolument ce que nous trouvons dans un bymne à Marduk, iv R. , 9 : ina ilâni ahika inahiri ul tisi « Parmi les dieux tes frères , tu n as pas de semblable», et mieux encore iv R., 26, A, 1. 7, belam ata zirat manu Ûananaka « Ô Seigneur, tu es grand, qui est égal à toi ? Ce qui rend cet hymne à Marduk particulièrement intéressant, c'est quon y démêle plusieurs traits encore qui rappellent le chant de la mer Rouge. Ainsi, 1. 3, ana tamtim asarma tamtiin sa (jaltai « Je regarde du côté de la mer, mais la mer se contracte (ou se retire)», et 1. 5-6, ana agi barati asarma, ainat Mardak asuraka idalah «je me tourne vers la crue de TEuphrate, mais la pa- role de Marduk a troublé son lit ». Ne dirait-on pas que cet hymne célèbre des événements semblables à ceux que chante le chant de la mer Rouge .^ Ces événements seraient devenus comme un thème de
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poésie immuable, comme un cadre tout prêt pour des événements ultérieurs. Le Psaume 1 1 4 > ^i chante le Passage de la mer Rouge et celui du Jourdain, donne bien l'impression, surtout la deuxième partie, d'une oantilène chantée depuis des siècles :
La mer vit et fnit, le Jourdain recula
Qu*as-tu , 6 mer pour fiiir, et toi Jourdain , pour reculer ?
V. 1 o. « Tu* as soufflé avec ton souffle ». La tem- pête « le vent sont le souffle, Thaleine de Jahvé. Nomb. , 11, 3 1 , « le vent qui apporte les cailles vient de chez Jahvé», voir Gen., 1-2; Is., ào, 7 et i3, Ps. , 1 o4 , 3 « le vent sert de support à Jahvé >* Jahvé s avance sur les aUes du vent, ce qui semble une notion différente de la précédente. Ps., i35, 7, le veot a sa demeure fixe , le magasin dans lemiel Jahvé renferme, et dont il le fait sortir» comme Ëoie. Voir aussi Jérémie, 10, 1 3 ; Âmos, 4 , 1 3 , Jahvé crée le vent. Ainsi le vent est tantôt considéré comme le souffle de Jahvé, tantôt comme un phénomène en dehors de lui et créé par lui, dont il fait son instru- ment, son messager^
La seconde conception est plus vieille que la pre- mière. Jahvé étant le seul dieu, le vent ne peut être sous la puissance dun autre et doit être Tinstrument docile de sa volonté; même dans certaines concep- tions, le vent est son souffle ou le soutien de ses pas, comme le tonnerre est sa voix, comme la nuée est le pan de son manteau.
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V. 1 1 . Les eaux majestueuses, avec cette nuance que TiiK signifie «majesté auguste, terrible», Ps. , 8, 2 et 10; Is., 10, 34; Mikha, 2,8; Zachar., 1 1, i3; surtout Ps., gS, Ix. Ce sens rentre bien dans ridée que les Hébreux, comme les Babyloniens et tous les Sémites, à Texception des Phéniciens, se faisaient de la mer, et il y survit peut-être quelque- chose de la vieille terreur inspirée par Tiamat.
XVI. 1 |''D, Sin. La région du Sinaï inspira de tout temps un culte aux nomades qui campaient dans les parages. M. Renan et d'autres voyageurs en ont exprimé Taspect saisissant. Nous savons qu'un des plus anciens cultes de la Babylonie fut le culte * de Sin en vogue surtout à Ur, pendant l'hégémonie de cette ville. Dans la suite ^ le culte de Sin, sans avoir la même importance, resta toujours le dieu local de Ur. Il fut aussi l'objet d'une adoration inin- terrompue à Harran. Si l'on considère que Ur est précisément la dernière station connue des Bene Israël en Babylonie, si l'on considère d'autre part que Harran fut aussi un de leurs séjours favoris, on peut supposer sans trop de témérité que le culte de Sin fut un de ceux qui leur tint le plus à cœur. Cette supposition est d'autant plus légitime que beaucoup de conceptions affectées dans la suite au culte de Jahvé ne s'expliquent que par la mythique de Sin et du Sin babylonien comme nous le verrons. Il est donc possible que les Hébreux, dans leurs migra-
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tions nomades , aient localisé ce culte dans la région appelée depuis Sin.
Ch. XVII ,11. Moïse , levant la main , enti^aine par ce mouvement le triomphe dlsraël sur Amalek. Voir aussi Nomb., i5, 3o; Dent., 32, 27; Ps., 118, 16 et 17, surtout ce dernier exemple : «La droite de Jahvé est levée, la droite de Jahvé fait la victoire ». Voir aussi lexpression si fréquente de n'^^}ûi :?nî «bras tendu», Ex. ,6, 6; Deut. , 4, 34; Deut. , 9, 29; I R. , 8, 42; Ps. , i36, 12; Is., 5, 25; etc.. . Dans notre passage Jahvé se fait représenter dans cette attitude par Moïse. Nous trouvons quelque chose de semblable dans m R. , i5, col. I, 22-28, iilstar belitkabli tahazi raimat sangatedida tazizma kasatsunu tasbir, tahazasuna raksa taptarma* Istar «^souveraine des batailles, qui aime mon sacerdoce, éleva les mains, brisa leur arc, rompit leur rang».
Ch. XIX , 18. Vi<2 Jahvé se manifeste daiïs le feu. Nous considérons ici le feu en lui-même et non comme un synonyme de Téclair. « Le feu réside au- près de Jahvé » , Lévit. , 9 , 2 4 et 1 o , 2 . « Le feu sortit de chez Jahvé » , voir aussi Nomb. , 11, 1 ; Deut., 33, 2. «A sa droite est le feu», i R., 18, 38; 19, 12. Dans la vision d'Elie, parmi les mani- festations précédant Jahvé, figure le feu, Ps., 5o, 3 et 97, 3. «Le feu marche devant lui», Is. , 66, i5, «voici, Jahvé vient dans le feu »; dans la théô- phanie d'Ezéchiel, ch. 1, 27, Jahvé est enveloppé
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de. feu. « Le ciel, séjour de Jahvé, est le séjour du feu» II R., 1, 1 G et 12. Le feu dont les prêtres doivent faire un si grand usage (Lévit. , passim) re- présente ce feu céleste. Lévit. , 6 , 7 « Un foyer doit être entretenu sans cesse sur lautel de Jahvé», Il Sam. , 22,9 nous ramènent encore plus près de la vieille conception.
liDD nyn n^bn} ^dkd t»dd :î;k « Un feu de sia bouche dévore, des charbons ardents jaillissent de lui», et surtout Deut., k, 2/1, îcn nV^ix e;K ^^^^K mn"» «Jahvé, ton dieu est un feu dévorant», c'est-à-dire Jahvé et le Soleil ne font qu'un, ou Jahvé et l'éclair ne font quun, le Soleil c'est Jahvé se manifestant sous la forme ignée, voilà la conception antérieure elle-même, déjà une modification du polythéisme qui fait de lî^K un dieu particulier, puissance rivale ou au moins égale de Jahvé. Le feu brûlant en un foyer constant sur l'autel, c'est Jahvé lui-même dé- vorant les victimes qu'on lui offre. D'autre part, le feu ne se confond pas avec Jahvé, mais est son représentant. 11 règne évidemment une certaine con- fusion dans ces conceptions , due aux deux phéno- mènes absolument différents : les rayons du soleil et la flamme de l'éclair. Il est permis de penser que chaque fois que Jahvé est identifié avec le feu, la base de cette conception est le Soleil , constant dans son apparition, manifestation ininterrompue de Jahvé , et chaque fois que le feu est considéré comme un messager accidentel, occasionnel, la base de la conception est l'éclair, phénomène iîjconUaiit.
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Ch. XX, 4. Nous renvoyons au développement général sur la cosmologie. Disoiis seulement que, par cette triple spécification , le ciel en haut , la terre en bas, les eaux sous la terre, le narrateur entend évidemment l'univers entier, puisque aucune idole, où qu'elle soit, ne doit subsister à côté de Jahvé. Cette décision cosmique paraît, delà «orte, ime for- mule stéréotypée, datant d'une haute antiquité, contemporaine des premières conceptions.
Ch. XXIV. 1 6. Le nsD de Jahvé résida sur le mont Sinaï. Il ne faut pas donner au mot 1133 ie sens vague de « splendeur, majesté de Jahvé », mais d*une manifestation précise telle qu'il résuite de Ex., i6, •y, lo; Lévit., 9, 6; Nomb., i4, ^i\ Is., 35, a; 4o , 5 ; Ezéch. , 10, 4 , 1 8 ; 43,2; Ps. , 26,8. Rien nest plus frappant que Ex., 33 , 18-23 : Moïse dit à Jahvé : « De grâce, montre-moi ta n3D. . . ». Jahvé répond : «Tu ne peux pas voir ma face, aucon homme ne peut la voir sans mourir . . . Mais place- toi sur le rocher et, tandis que mon nl3D passera, je te couvrirai de mes mains . . . Puis je les enlèverai et lu verras mon dos . . . mais ma face ne doit pas être vue. » Le iidd semble donc ne faire qu'un avec la face de Jahvé. Seulement, par une extension lo- gique, le ll^D se détacha de Jahvé et devint comme une espèce de double résidant partout où existe son culte, dans chaque sanctuaire, sur chaque autel comme chez les Babyloniens avec chaque statuette, chaque figurine, chaque tahsman.
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Ch. XXV. 18-2 a. D^aiD Kerubim. Ici les Keroiibim nous apparaissent des deux côtés du couvercle de larche, debout, se faisant face, les ailes dressées de manière à en couvrir le couvercle. C'est là, entre eux, que Jahvé se manifestera. Les Keroubim ont donc ici un double rôle : ils gardent Tarche sacrée renfermant les tables de la loi, et ils sont le lieu de résidence de Jahvé. Jahvé apparaîtra en haut du couvercle, entre les deux Keroubim. Les Keroubim jouent leur rôle de gardiens, en quelque sorte dieux pénates, dans Gen., 3, ili, où ils sont armés d'une épée flamboyante et gardent le chemin qui conduit à larbre de vie. De même dans Ëzéch., 28, i3-i4, les Keroubim semblent figurer par comparaison avec le rôle quils jouent dans TEden comme gardiens des pierres précieuses. C'est parce que Jahvé se ma- nifeste auprès de Keroubim qu'il est souvent appelé dans la Bible D'»D*î3n 2V\ Voir n R. , 19,55 ; iChron., 1 3 , t) ; Is. , 87, 1 6 ; Ps. , 80 , îi ; voir surtout i Sam. , /i , /i ; Il Sam. ,6,2. Nous trouvons les Keroubim chez les Égyptiens et chez les Babyloniens ; seulement le groupe biblique qui nous occupe est assyrien et non égyptien. Les Égyptiens rapprochent les figures en les présentant dos à dos , tandis que les Assyriens les présentent de front. De plus , les ailes des groupes égyptiens , du scarabée , du sphinx , sont ou étendues ou repliées et rabattues par l'extrémité vers le sol; ce n'est qu'en Assyrie que nous trouvons des ailes dressées et se rapprochant, par leur courbe supé- rieure, de la tête de l'animal. Mais il n'y a pas que
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la forme qui fait penser aux Babyloniens- Assyriens. Nous trouvons chez eux le même rôle de gardien dévolu à des tauraux ailés, à figure humaine, ap- pelés sida damka, lamassa habuy ulpu, remu, et postés aux grandes portes d'entrée des palais et des temples. M. Lenormant croit même avoir trouvé sur un mo- nument talisman unique de la collection De Clercq le terme kirab « écrit » phonétiquement ki-ra-bu, et cela à la place du mot sed^ qui se trouve sur les autres exemplaires du même talisman. De plus, le second rôle des Keroubim, comme siège ou porteurs de divinité, apparaît également dans iv R. , 2 c (voir aussi IV R. , 1 , 9 , 1 o , où les sept génies sont identi- fiés à des tauraux et surnommés gazala sa ilani «porte -trône des dieux». M. Lenormant {Orig. de l'hist, p. 1 19) attire fattention sur un cylindre qui porte la figure suivante : Un bateau sur lequel se trouvent deux tauraux ailés, à figure humaine; ces tauraux portent un trône sur lequel siège la divi- nité ... ; derrière le trône s'avance un homme re- vêtu d un costume de prêtre , et qui semble attentif à la parole divine. Or, dans Ezéchiel , nous trouvons précisément une identification semblable des Kerou- bim et des taureaux. Dans la théophanie du chap. i, 1 o , les êtres servant de support à Jahvé ont chacun quatre faces : une face d'homme , de lion , de tau- reau et d aigle. Au chap. 1 o , v. 1 4 , dans la même description, f homme, le lion, faigle reparaissent; le taureau est remplacé par le Keroub ; il y a donc une espèce d'équation à établir entre 3113 et IW.
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Si nous ajoutons encore que l'entrée du Scheol ba- bylonien est gardée par des taureaux , semblant cor- respondre aux Keroubim de la Genèse gardant TEden et aux Keroubim d'Ezéchiel gardant les pierres de feu du jardin d'Eden, nous aurons un ensemble de faits qui justifieront dans une certaine mesure nos rapprochements. Si nous n avions dans la Bible que les Keroubim de TExode à propos de la con- struction du tabernacle et ceux de la théophanie des chap. I et X d'Ézéchiel, nous pourrions y voir une influence post-exilique de la symbolique babylo- nienne sur les conceptions bibliques. Mais Gen. , 3 , 26; Ezéchiel, 28, i3 et i/i, nous permettent de conclure que le double caractère des Keroubim bi- bliques est un vestige de la vieille mythique sémi- tique née en Babylonie avant la bifurcation des tribus ; mais Ps. , 18, 1 1 , ne rentre pas , à première vue , dane notre interprétation, ^jy»! 3nD ^y 3DT»i « Jahvé monté sur un keroub (ou le keroub) volait». Le passage est incontestablement une description my- thique de la tempête , et le keroub ne peut être ici que la nuée sur laquelle Jahvé parcourt Tespace. Nous avons la même conception dans Is. , 19, 1 ; ^p 3y ^y DD'i mn'» mn « Voici, Jahvé est à cheval sur une nuée légère»; Ps. , 68, 5, Jahvé est appelé 3D"i m3")yD « celui qui est à cheval sur les nuages » ; v. 34 , « celui qui est à cheval sur les cieux des cieux » ; voir aussi Ps. , 18, 11. Nous verrons ailleurs la base de cette conception; bornons-nous ici à dire que 3nD est synonyme de 29 et rimy « nuée » ; la nuée, avons-
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nous vu, est considérée comme le serpent, le grand serpent ou le grand monstre. Il se peut donc que ie mot keroabim appliqué d ordinaire à des monstres fantastiques, gardiens des demeures, épouvantai! des ennemis, soit étendu dans ces acceptions nou- velles, au monstre de la nuée, et ces acceptions ren- treraient dans notre définition.
Ch. XXVI , V. 3 1 , 33, riDiD est une espèce de ri- deau destiné à protéger le saint des saints avec larche sacrée contre tout regard profane. Nous n'avons plus en hébreu de verbe paraka, mais en as- syrien avec le sens de « retenir, empêcher, obstruer, séparer». Nous avons également le correspondant de nsiD dans le mot parakka « sanctuaire » ; peut- être même le sens hébreu n est-il qu'un euphémisme du sens assyrien. Au lieu de désigner par HDl» ie sanctuaire même, ce qui est une sorte de profana-* tion , on en désigne le rideau. Il faut savoir que ie peuple n'entrait jamais dans le saint des saints, et, pour ses yeux, par conséquent, ie saint des saints ae confondait avec le rideau qui ie cachait, de sorte que nD")D a pu originellement désigner l'intérieur, puis s'est réduit au rideau extérieur.
Ch. XXIX. v. i5. 'j'iKn Viii ^y DiTT •••• 1DDD1 «lis appuieront la main sur la tête du bélier ». Attitude, qui accompagne certains sacrifices (voir Ibid. , v. 19; Lévit., /i , i5; 2/1, ik; Nomb., 8, 10). L'oxempie de Nomb., 27, i8-a3, est significatif. Moïse, pour
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consacrer son disciple et successeur Josué aux yeux du peuple, appuie sa main sur lui et lui commu- nique par là de son nn, c'est-à-dire de sa majesté, de sou caractère auguste. Donc on appuyait la main sur la victime pour la consacrer. Nous avons en as- syrien des équivalents intéressants dans les locutions si fréquentes de zabata kattu «saisir la victime de sa main avant de Timmoler ou avant de la prome- ner en procession solennelle » Tiglalpeieser I et Asur- banipal, deux rois assyriens , grands chasseurs, tirent gloire d'avoir apposé leur main sur de nombreux fauves pris ou tués à la chasse.
V, 33. DT» kVdV répond à l'assyrien mala kattu (voir Lévit., 8, 33; i6, 3îi; ii Chron., i3, 9) et est une espèce de consécration au sacerdoce. Mah kattu signifie littéralement « remplir la main » , ou (( remplir de sa main », L'expression est très usitée à l'occasion de l'avènement des rois. Signifîe-t^elle que le dieu remplit la main du roi de force et la con- sacre à régner, ou la main du nouveau roi se rem- plissait-elle d'un objet sacré réservé à cette circon- stance, ou les prêtres versaient-ils de l'huile sainte sur les mains royales? Nous n'en savons rien. En tout cas, nous avons là, et dans la Bible et dans les docu- ments assyriens, une expression due à un antique usage commun , et qui dans l'Assyrie s'appliquait à la consécration des rois, dans la Bible, à la consé- cration des prêtres.
Gh. xxxv-xL. Nous ne connaissons pas assez les dis«
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positions de détail des temples babyloniens pour faire des rapprochements avec le tabernacle qui figure à la fin de TExode. Ce qui est aujourd'hui incon- testable, cest que cette construction na jamais été réalisée : c'est un type idéal, une inspiration post- exilique née sous Tinfluence de ce que la Babylonie présentait aux yeux des exilés. Nous ne pouvons donc rien en tirer pour notre thèse.
Ce que nous disons de la fin de TExode, nous pouvons le dire du Lévitique et des Nombres. La cri- tique biblique a placé la fixation de ce que Ton est convenu d appeler « le code sacerdotal » à une époque très tardive, et lavis est à peu près imanîme pour n y voir qu une œuvre théorique cousue après TexU , en vue de donner au royaume bientôt restauré une direction toute cléricale. Néanmoins im certain nombre de coutumes pouvaient et devaient exister en pratique, car les codes, les législations morales ou rituelles sont en partie la constatation, l'idéalisa- tion de ce qui est. En ce sens très restreint, le Lé- vitique pourra nous fournir quelques données inté- ressantes.
Ch. xvni, V. 2 5. « La terre devient impure » (voir Ibid., V. 27 et 28, et ch. 26, 34 et 35; Ézéch., 22, 2 II). La terre semble être considérée comme une personnalité morale pouvant contracter une impureté et responsable de cette impureté : Jahvé la châtie; et elle rejette sa faute en rejetant ses habitants. L'exil est produit par le dégoût de la terre, avide de
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se laver de sa faute, en se débarrassant des crimi- nels. C'est ainsi que la malédiction suivant la faute d'Adam pèse sur la terre (Gen., 3, 17). Elle est encore châtiée par la fauté de Gain, parce qu'elle s'est ouverte pour recevoir le sang d'Abel (Gen., 4, 1 1). De là aussi la préoccupation de son repos, l'an- née sabbatique et le crime qui s'attache à la trans- gression de ce repos (Lévit. , 25, 1-8, et 26, 34 et 35).
Cette personnification de la terre n' est-elle pas le débris de l'antique polythéisme et ne nous fait-elle pas penser à la déesse echtonique des Babyloniens appelée Belit ou Anat ? Quand Senacherib , en exer- çant sa tengeance contre les Babyloniens , ne se con- tente pas de les châtier, eux, mais bouleverse le sol même qui porte la ville; quand Assarhadou relève la ville , parce que les onze années de châtiment fixées par Marduk sont révolues ; quand Cyrus légi- time son entrée à Babylone en disant que la ville est lasse de ses anciens maîtres, négligents et impies envers les dieux, n avons -nous pas là des concep- tions similaires aux conceptions bibliques?
Ch. XIX, V. 3i. m3lK etD''Ji?T» sont des hommes qui usent de procédés thaumaturgiques pour con- naître l'avenir en interrogeant les morts (voir Lévit. , 20, 27; Deut., 18, 11; I Sam., 25, 5; 28, 34; '^
Is. , 8, 19, etc.). Mais, primitivement, D^N désigne non pas le thaumaturge qui interroge, mais l'esprit, l'ombre même du mort évoquée et revenant parmi
«
X. 7
UirMlMItaiK JiATtUA«L*.
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les vivants sous forme d'esprit. On pourrait songer à rapprocher dik de 3;^ «ennemi, esprit ennemi, mauvais, qui apprend aux hommes ce quiis ne doivent pas savoir » ; car pourquoi une telle sévérité de la Bible contre ces pratiques, si elles n'étaient pas une espèce d'empiétement sur la puissance de Jahvé , si elles n'étaient pas fondées sur la crQyance à des esprits capables d'agir contre Jahvé ou malgré lui.
D'après Is. , 29, 4 , le 31K thaumaturge nous ap- paraît comme un ventriloque dont la voix semblait venir d'en bas, de dessous la terre, du ScheoL La Bible conserve donc la conception primitive d'esprits mauvais , esprits qui jouent un si grand rôle , presque le rôle principal , dans les croyances babyl(Aiiennes. Seulement, pour les Babyloniens, ces esprits sont coexistants avec les dieux et même en partie anté* rieurs aux dieux, et contemporains du chaos gou- verné par Tiamat; tandis que la Bible, ne pouvant admettre ces croyances incompatibles avec le mono* théisme, considère les esprits comme des ombres des morts sortant du Scheol sous l'influence de cer- tains procédés, de certaines formules.
1 Sam., 28, 3-1 4, ne laisse aucun doute sur la forme de ces croyances : Samuel venait de mou- rir. . . Saûl, d'autre part, avait supprimé les maiK
et les D'':yT» du pays Saùl , engagé dans une
guerre à l'issue douteuse , interroge vainement Jahvé , qui ne lui répond ni par des songes, ni par des oracles, ni par des prophètes. Alors Saûl dit à ses officiers : « Cherchez-moi une femme 3iK n^ya ■ (c'est-
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à-dire possédant un sidc , disposant d'un siK , sachant évoquer un 3idC. . . ). On trouve une femme à En- Dor. La femme dit à Saùl : « Qui ferai-je monter à
toi ?» Il dit : « Fais-moi monter Samuel » La
femme vit Samuel , poussa un grand cri Elle
dit à Saùl : «J'ai vu y^Kn p D'»^y □'•n^K Élohim mon- ter du sein de la terre. » Il lui dit : « Quel est son aspect? » Elle dit : « C est un vieillard vêtu dun man- teau. » Saûl reconnut Samuel . . • Ainsi donc le rap- port établi entre cette scène et les nuK et Q'»iyi^ , d autre part , la décision de Saûl qui ne consulte les morts que lorsque Jahvé lui refuse toute autre com- munication, la forme mûre de cette consultation confirment bien notre e^iplication.
Dans le mot D^^n^ , nous retrouvons la racine :r-i^ «savoir, science, science mystérieuse» réservée à Jahvé seul, et entreprendre de pénétrer cette science est une hostilité contre Jahvé, évoquant la même idée que DlK , 3;k .
Les Babyloniens , à côté d'esprits mauvais , rivaux des dieux et égaux en puissance, admettaient aussi que les morts, dans certaines conditions, revinssent visiter les vivants ; là seulement la Bible pouvait les conserver sans trop de d'ombrage pour Jahvé*
Nombres, ch. i, v. 17. n^'ovi lapi. Désignés par les noms dans ime tablette de la création babylo- nienne, nous trouvons : sa ina siptisa elUtum issul^u nakab Umnati (Marduk), qui, par son aspersion pure, éloigne la malédiction des méchants. Nous
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avons, en apparence, deux sens contraires pour la racine nakab. Ces sens se concilient. Dans le texte assyrien, le sens primitif du mot nakab est égale- ment « désigner, nommer » , mais nommer pour atta- cher un mauvais sort au nom et par conséquent à. l'être qui le porte , mettre en relief un nom pour le mal ou le bien. Nous trouvons ainsi une confirma- tion de ce que nous disons sur la conception du nom chez les Sémites (voir sur Gen., 48, iG; voir De- litzsch Chald. Gènes., p. 79). Est-ce aussi au nom des mêmes conceptions que les recensements . par noms et par têtes étaient en horreiir aux Hébreux, comme il résulte de 11 Sam., 26 , et surtout d'Ëx., 3o , 1 1 - 1 7 ? Compter les têtes en les nommant, c'est y attacher un sort, c'est appeler l'attention des mau- vais esprits sur elles. Maintenant il faut peut-être voir simplement dans ces conceptions un écho de l'horreur de l'homme libre qui vit sous la tente pour tout recensement et tout impôt capital.
Ch. xm, V. 22. pjyn n;^^ '•D^nvçpç; p-^nK. Parmi les prodiges que les explorateurs ont vus en Palestine figurent Ahiman, Sesaï, Talmaï, enfants de l'Anak (voir aussi Deut., 1, 28; Jos. , 11, 22; i5, i3 et ïlx\ 21, 11; Juges, 1, 20.) Mêmechap. , v. 33: « Nous Y avons vu les D"«V"«Di fils d'Anok ... et nous fûmes à nos yeux comme des sauterelles , et à leurs yeux aussi. »
D'après les différents passages où figure le mot u^b^2 , il résulte cju'ils sont considérés tantôt comme
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quelques géants fils d'Anak , tantôt comme un peuple entier, d'une race plus forte. Jos. , i i , 2 1 et 2 2 : «Josué vint alors et extermina les Ânakim de la montagne , de Hébron . . . , de toute la montagne de Juda et d'Israël, eux et leiu*s villes. .... Il ne resta pas d'Aneddm dans le pays des fils d'Israël , si ce n est à Aza, Gat, Asdod. . . » Nous avons évidemment dans ces passages le souvenir d'un peuple que les tribus d'Israël rencontrèrent sur le sol de Canaan dont la vue agit beaucoup sur l'imagination.
Deut., 2 , 11, met sur la même ligne les D'^KDI. et les D'»pi:?. Or les Refaïm , comme nous verrons , sont en général les ombres, les mânes. Comment conci- lier tout cela? Les cunéiformes nous donnent le mot de l'énigme. Les Anakim me semblent être les Anunaki babyloniens. Les Anunaki babyloniens sont des divinités echtoniques (iv R. , 45, 3i, sa
Ce qui ajoute à ce rapprpchement, c'est que Be- zold établit par K 2 1 00 , Rev. , iv, 8 [Proceed. of ihe Soc. of Bihl, arch.y March 1889) que Anunaki était originellement prononcé Anakki de Anunki. La Bible ne peut maintenir cette croyance à des divinités in- fernales ou echtoniques, et elle en fait des géants, vestiges de tout un peuple vivant sur terre , ou des mânes de ces géants continuant à vivre dans le Scheol. Les divinités infernales sont devenues des ombres infernales, en passant des textes cunéiformes aux textes bibliques. C'est toujours la même griffe du monothéisme, remaniant, transformant , retranchant,
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ajoutant, démarquant enfin toutes les conceptions antiques.
Gh. XXII, V. 5. y")Nn l'ij^. Ici pîr «œil» est syno^ nyme de û^afl « face, surface ». Â rapprocha de Vbs- syrien où le même idéogramme {\^ si désigne les mots enà « œil n et panu « face ». Il faut remarquer que la forme primitive de ce signe est celle de TcsU humain.
Gh. xxiit, y. 22. Israël est comparé à Dxn, qui est le rimu assyrien , espèce de buffle ou antilope (voir Hommel, Les mammifires des Sémites du Sud, 1879, p. 227). Dans Job, Sg, 9 et 10, nous trouvons d^'î , ce qui marque encore mieux le rapport avec rimu. Le QHi est, dans les textes bibliques et assyriens, un emblème de la force; voir Deut., 33, 17, et Ps., 22, 22; 92, 11. Dans les textes historiques des As- syrims , nous trouvons presque à chaque page matsa kima rima adis « j*ai écrasé son pays comme un rim » ; on trouve l'adverbe rimants pour indiquer la violence , lardeur. Le rimu joue im rôle important dans la symbolique et la poétique babyloniennes. La grande montagne cosmique, * la Terre », est figurée comme un rim énorme qui repose sur l'océan cosmique et dont les cornes touchent le ciel; Bel, quelquefois symbolisant la Terre, est appelé <• le graiid rimu, lé gigantesque rimu ».
Gh. xxiv, V. 3. Dîj:, mot usité pour designer la
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BffiLÏQUES. 103
parole prophétique, divine, et aussi dansi les pas-, sages les plus archaïques (voir Ibid. , 1 6 ; i Sam., 2 , 3o; II Sam., 28, 1; 11 Rois, 22, I9;ls.,3,i5; 16, 22; 17, 3; 19, 4; t22, 25; etc.). Je suis sûr que jai rencontré un équivalent verbal de DKi, et dans im passage non historique; je ne puis pas re- mettre la main dessus.
V. 4. D^i^v ^1^31 Sd3 « qui tombe et a les yeux ou- vert3 ». Nous avons ici un écho de certaines attitudes extatiques dont les voyants accompagnaient leurs visions (voir Ibid. y v. 16). Dans les annales de Asur- banipal (v R., i-io, col. III, 1. 1 18 et suiv.), nous lisons ( Asurbanipal est engagé dans une guerre contre son frère révolté) : Ina amesuma istea amela sabra, ina Sad musi utalma inattal satta umma ma eli kikalli ia Sin satirma ma sa itti Asurbanapla sar Assin ikpada limutta ippasa silata mata limna asarahsanati ina patri parzilU haati mihit isati haSahhi liqit Gira akata nap- satsan. « Alors un songeur (voyant) se coucha vers la fin (?) de la nuit et vit en songe ; sur Tautel (ou loracle) de Sin était écrit : Gdui qui machine du mal et entreprend une révolte (?) contre Asurbanipal, roi d'Assyrie, je lui enverrai une mauvaise mort; par le fer rapide comme l'éclair, par le feu, la famine et le contact de Gira (la -peste), je couperai leur vie^ »
De même Cyl. Ps., col. V, 1. 69 et suiv., ina sdd masi iaata sa amharasi istea amiba sabre atalma inat- tal satta igiltima tabrit masi Istar asabrasa asanna rati umma litar asibat Arbaila erabamma imna u iamela
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tullata ispati tamhat Rasta ina idisa salpat namzaru zaktv sa épis tahazi maharsa taziz si kima ummi aUdti itamma ittika. . . «A la fin de cette nuit, pendant laquelle je me suis adressé à elle (à Istar), un son- geur se coucha et vit en songe (dialogué?); et iStar lui fit voir une vision nocturne, et il me la commu- niqua : Istar, résidant à Arbèles , est entrée portant suspendus à gauche et à droite des carquois, tenant un arc à la main^ et tii^ant un glaive tranchant et guerrier de sa gaine. Elle s'avança devant toi et, comme la mère qui ta mis au jour, te dit ... »
Dans ces passages , nous avons des procédés s.em- blables à ceux de notre texte biblique (voir surtout ch. 2 à, à); nous avons poussé la seconde citation un peu plus loin , parce que Istar nous y apparaît en déesse guerrière, revêtue de tous les signes de la guerre et rappelant ce que nous trouvons ailleurs de Jahvé.
Deut., ch. I, V. y. ms in: hM:n imn, « le grand fleuve » , c est-à -dire TEuphrate (voir aussi Gen. , a , 1 â ; 1 5 , 1 8 ; Deut. , 11,26; Jos. , 1 , A ) ; le fleuve xor* é^oxnv est TEuphrate. De même, dans les inscriptions cunéiformes (v R. , 22), nous trouvons que Tidéo- gramme de Buranam ou Pwranum « Euphrate >? sir gnifie «le grand fleuve». Comment, pour les Hé- breux du désert ou de la Palestine, TEuphrate peutr il être le grand fleuve? On s attendrait à voir dé- nommer ainsi le Jourdain ou TOronte. Il n y a que deux réponses possibles. Ou bien les textes où figure cette appellation sont post-exiliques, et alors cette
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formule géographique est due à une influence baby- lonienne post-exilique; ou bien ces textes sont ante- exiliques , et alors cette formule est une formule sté- réotypée datant de l'antique séjour ou naissance en Babylonie. Or la critique biblique, même la plus avancée, ne permet pas d adopter la première ré- ponse; donc la seconde est la vraie.
Ch. II, V. 11. Les D^KD") sont considérés eux aussi comme des D^pav. Ici, Refaïm est mis en parallèle avec les Anakim , les Emim , et s'applique à une des populations palestiniennes que les fils d'Israël ren- contrèrent, et qui figurent dans les légendes comme des races gigantesques. Il y a évidemment là une transfiguration épique. Voir Gen. , i /i , 5 ; Deut. , i6id., 20, et 3, i3;Jos. , 12, 4; i3, 12; jy, i5; et surtout Deut., 3, 1 1, où le géant Og est désigné comme un de ceux qui restent des antiques Refaïm.
Ailleurs Refaïm s applique aux morts : voir Is. , 1 A , 9 , où le mot semble spécialement appliqué aux morts illustres; Is., 26, i4, où il est plus simple- ment mis en parallèle avec D^nD « morts »; Is., 26, 19, où le Scheol est appelé « terre des Refaïm » ; Prov. , 9 , 1 8 , les Refaïm sont situés dans les pro- fondeurs du Scheol; cf. Ps., 88, 11; Prov., 2,17; 21, 16; Job, 26, 5, etc.
Voilà donc pour Refaïm deux sens en apparence très distincts, celui d'« anciens habitants du pays, ou géants » et celui de « morts ». Ces deux sens se tiennent. Nous voyons par Is., i/i, 9,. que le mot
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la fois la personnification du Ciel et qui en est sou- vent la partie visible? On trouve souvent et presque à chaque page des inscriptions Anum qui ont pu créer en hébreu le mot Anan, puis Anan p9. Ce serait un nouvel exemple de nom de divinité devenu nom commun sous l'action du monothéisme. Lagarde a ropproché Anu de la préposition ana « vers, ce qui est en face, ITiorixon visible». Faut-il également rapprocher en hébreu la racine nay « répondre » , et py «nuage»? José à peine formvder cette hypo- thèse.
Ch. VIII, V. 7. nonn mis en parallèle avec t)^» signifie « sources, cours d'eau », comme en assyrien le même idéogramme désigne la mer et les sources ; Éa est à la fois le dieu apsi (océan) et le bel nàkhi; voir V R., 33, col. VIII, i5-i6, Ninib est désigné (i R. , 17, 6) comme bel nakbe u tdmâtif et ici tamâti répond exactement à notre monn « source ». ni R. , 62, 12, marque clairement des conceptions iden- tiques. Les cours d'eau et les sources épars sur la terre, et la mer ont la même dénomination, parce qu'ils sortent du même fond commun , l'Océan cos- mique. A quelque endroit que l'on perce la terre , on rencontre cet océan. Ainsi [Proceed. of the soc. of Bibl. archeoL, vol X, pi. iv) : halzi rabitim ina nâri ina kttpri u agarri usibii iMsu apsa usarimma «j'ai fait creuser dans le fleuve un grand retranchement avec du bitume et des briques et j'ai assis son fondement dans Yapsn. Les exemples abondent.
108 JUILLET-AOCT 1897.
Ch. XI, V. 17. D'»De?n DK 1X^1 «H fermera, bou- chera le ciel ». 125^ est tout à fait typique comme vestige de Tantique conception. Il signifie bien « empêcher, retenir dans locéan céleste, cosmique, les eaux qui devraient tomber en pluie fécondante » , et est mis en parallèle avec 13D «fermer», comme «verrouiller», Prov. , 3o, 16 (identification de la locution Dm "ixs^ et Dm "lao). Dans- Job, 12, i5, isy est mis en opposition avec n^c; « lâcher ia pluie ».
Cil. XXI, V. 5. Il est dit, dans ce verset, du tor- rent }n''K ou plutôt de la vallée étendue sur ses rives quelle nest ni labourée, ni ensemencée. Dans tout ce passage (v. 1-9), cette vallée a une destination singulière. On y conduit la génisse destinée à être la victime expiatoire pour un homme tué, quand le meurtrier demeure ignoré. Il s attache donc à ce lieu quelque chose de lugubre qui nous semble encore un écho des vielles traditions touchant în^N , et qiie nous avons mentionnées plus haut. La vallée jn^K où d*Etana est une vallée incuite, appelée à rester in- cvdte, une vallée de mort et de cérémonies funèbres. Quand în^K évoque le génie Etana qui loge sur la frontière des morts, il s y attache une idée de mort, de stérilité, de destruction; quand jn^K évoque le séjour d'Etana, c'est-à-dire la base des montagnes; il s y attache une idée d'antiquité, de solidité, dé force, de durée et même de fertilité; Amos, 5i 24» « la justice jaillit comme le torrent » in^K , voir aussi les exemples cités plus haut. Cette bifurcation d'une
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES, log
conception mythique en deux directions opposées est un phénomène fréquent.
Ch. XXVI, V.. i5. yoi\> pVD «demeure de Dieu». S agit-il du ciel ou du temple qui recèle son ima^:je , son double? Dans Jérémie, 25, 20, le mot pvD est en parallélisme avec onD, qui lui-même, comme nous avons vu, est synonyme de «ciel»( voir Ps., 68, 6; 91, 9; II Ghron., 3o, 27; voir dautre part Ps. , 26, 8; II Chron., 36, i5). Ces exemples sem- blent prouver que pvD marque aussi bien la de- meure de Jahvé au ciel et sa demeure terrestre dans son temple. Les dieux chaldéens ont également une double demeure. Ils habitent généralement ina kirib same « dans l'intérieur de la voûte céleste » ; c'est là que Marduk les a établis. — 4*" tabl., l. 1 45-1 46, iskalla Esara sa ibna samanu Anim Bel u Ea malva- zisu usramma » (Il édifia) « le grand bâtiment Esara comme une voûte céleste et établit Anu, Bel et Ea dans les demeures ». — Mais les dieux habitent aussi dans les temples, et Esara désigne i\ la fois leur demeure cosmique et terrestre (voir iv R.,- 22 , 1 , 4 a; v R., 5, 2 ; 47 et suiv. ; iv R. , 27, 26-27 a. Cela est si vrai, qu'il règne souvent une grande confusion : ainsi, iv R., 32 a. Bel Ekar et Belit Ekar, est-ce le temple ou le ciel? Dans la mythique chaldéenne, à chaque demeure céleste des dieux correspond une demeure terrestre. Mais cette der- nière ne reçoit jamais le dieu lui-même , mais seule- ment son image, son double; de même que le pyD
110 JUILLET-AOÛT 1897.
biblique n^abrite pas Jahvé lui-même, mais son
"1133 sa gloire, son double.
Gh. xxYiii, V. 13. « Il ouvrira son trésor ». Il faut prendre ces mots à la lettre : il ouvrira les ÎAsues qui livrent passage à la pluie. La voûte câeste ren- ferme comme un magasin de pluie. Rapprocher le verset a 3 , dont la première partie « Le ciel sera d*ai- rain » a un sens , quand on la rapporte aux coocep* tions antiques, et où la seconde partie « la terre sera de fer » n'est qu une métaphore.
Ch. XXXII, V. i3. }fiH ^n03 h:f irD'»3T « fl (Jahvé) a fait chevaucher le peuple sur les niD3 (hauteurs?) du pays ». Rapprochons de ce passage ii Sam., aa, 34 : *>jnDy*> *>niD3 b^ « il m'établit sur mes hauteurs », voir Is., 58, lA; Habac, 3, i8. — Is., i4t !&• jpSy^ noiK ny ^non Sy nbyn « Le roi de Babel dit : « Je monterai sur les niDs de la nuée , je serai égal « au Très-Haut » ; et voici cet exemple curieux de Job, 9 , 8 : Q^ '»nD3 Vy Tim « Il foule les m03 de la mer ». Que signifient ces niDS des pays, de la terre, de la nuée , de la mer ? L'expression est manifeste- ment un terme militaire. Occuper les hauteurs d'un pays , c'est être le maître de ce pays. Dieu foule les hauteurs de la terre, c'est-à-dire qu'il est maître de la terre. Mais Dieu foulant les hauteurs des nuées et de la mer ne peut s'expliquer qu'en rappelant la lutte cosmique de Marduk contre Tiamat et la nuée (le manteau) qui l'enveloppe. Dans le li* tableau de
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la lutte de Marduk , nous lisons (1. loli) que Marduk , après avoir triomphé de Tiamat , salamia idda elisa izaza « jeta son cadavre par terre et se plaça dessus ». Marduk est donc debout, vainqueur de Tiamat, et Jahvé est debout sur la mer, vainqueur de la mer. Jahvé debout sur les hauteurs des nuées rappelle Texpression D^nn^n ^w « assis sur le Keroubim », les serpents, les monstres que nous avons expliqués ail- leurs comme une appellation mythique des nuées.
V. 1 7. onitr « Ds sacrifient à des on» qui ne sont pas des dieux » , à rapprocher du sida assyrien , qui est à la fois le nom des taureaux gardiens des portes et des génies bons ou mauvais qui enveloppent rhumanité.
V. a a, onn noiD; voir aussi Is., ai, 18, noiD yiK; Jérémie, 3i, 87; Ps., 18, 8, et 8a, 5. Il ré- sulte de ces exemples que onn '»1D1D est identique à yiK noiD ; voir Mich. , 6 , 2 , et ce que nous disons ailleurs sur D^arr^K. L'exemple de Prov. , 8, 29, est intéressant : Dnn '•noiD ipina « lorsqu'il (Jahvé) a tracé les fondements des montagnes». Ps., io4, 5, associe mo^ à jiDD «base, piédestsd », et Job, 38, 6, emploie le mot ]1H «pied». — Ps., 2 4, 2, nous lisons: naair nnna b:f^ mo"» d*»©"» Sy H^n ^d« Il (Jahvé) Ta fondée (la terre) sur les mers et il Ta fixée sur les cours d'eau ». C'est toujours la conception antique, antérieure à la bifurcation. Nous ne sau- rions trop le dire, nous croyons que la mythique
112 JUILLET-AOÛT 1897.
cKaldéenne, et en particvdier celle qui gravité au- tour de Marduk, est en quelque sorte l'obsession de lesprit et de la langue biblique. Ce qui fait Téton- nement du monde chaldéen , c est la possibilité de quelque chose de solide arraché aux flots et où il voit une marque de la lutte des dieux et du triomphe du grand champion des dieux, Marduk, dieu solaire, igné, créateur, organisateur, la Bible voit une marque de la puissance incontestée de Jahvé. Les nnnj de Ps., 2liy 2, ne sont pas des fleuves ou cours deau ordinaires, mais les sources de l'Océan cosmique, les nakhé des textes cunéiformes. Ce qui montre mieux que tout Tantiquité de ces notions dans la Bible, c'est la confusion qui règne pour les auteurs bibliques dans toute cette configuration cosmogOr nique, ils ne savent pas nettement où est le Scheol, s'il est dans la terre ou sur l'océan, si la terre est assise sur la surface de l'Océan cosmique, ou si elle plonge jusqu'au fond.
V. 2 3. '•sn « les flèches de Jahvé », primitivement l'éclair, comme il est encore visible dans Zacharie, 9 , 1 4 , et Habac. , 3 , 1 1 . Le mythe n'est pas partout aussi transparent. Dans beaucoup de passages, la notion d'« éclair » s'est eflacée et il ne reste plus que Jahvé armé d'un arc , d'un carquois et de flèches. Voir Deut. , ibid. , v. 4 2 ; n Sam. , 2 2 , 1 5 ; Ps. , 1 44 » 6 ; Job ,6,4; Habac. ,3,9; Lament. , 2 , 4 ; 3 , 1 2.
V. 39. « Je fais mourir et revivre » (non pas vivre).
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témoin le parallélisme : « Je blesse et je guéris », et II Sam., 2, 6, où la même expression est mise en parallèle avec : « Jahvé fait descendre au Scheol et en fait remonter ». Dans la Ix^ tablette de la création chaldéenne, 1. 1 2 , Marduk est de même appelé mu- ballit miti « qui fait revivre les morts », et 1. 1 6 , re- mena sa ballutu basa ittisu « le miséricordieux à qui il sied de rendre la vie »; v R. , 35 , 19 : bila sa ina takulti sa uballita mitatan, . . « le Seigneur qui^ par la puissance dont il fait vivre les morts ... ».
Ch. xxxïii , V. 26. D''DC? 331 « n (Jahvé) chevauche sur le ciel » , c est-à-dire sur les nuées , comme le prouve la fin du verset (D'»pnc; « nuées fines »), d'au- tant que l'expression complète estD^pnc; ^nv, 11 Sam., 22, 12 (voir aussi Job, 36, 18; Ps., 78, 23, et Prov. , 3, 20); Is., 19, 1 : Jahvé est à cheval sur une nuée légère. Nous avons dans ces formules des débris du polythéisme antique. Les nuées sont des monstres ennemis du Soleil, mais Marduk-Jahvé triomphe de ces monstres. Comme Marduk a vaincu en Tiamat tous les monstres malfaisants et. qu'il est resté debout sur son corps en signe de triomphe, ainsi Jahvé chevauche en vainqueur sur la nuée. Le phénomène de l'éclair déchirant la nue a également contribué à cette conception, Notre verset prend de la sorte un grand relief : les mots liîya « dans ta force » et imîc: « ta gloire » doivent être pris à la lettre, comme signifiant l'orgueil triomphant de Jahvé vainqueur. Les versets 26 et 27 me paraissent
X. 8
iMMtiiir.air. s*tiii%*l>.
114 JUILLET-AOÛT 1807.
une formule très ancienne, employée à Torigine au sens my tique et appliquée ici aux ennemis d'Israël ; le V. 27 me semble tout à fait typique. Je lis le pre- mier mot non pas comme la Massorah njiyç, mais nayp (voir Eccl. , 5 , 1 g)» et je traduis : « Il (Jahvé) abaisse, humilie les dieux antiques et il écrase les bras, les forces, les monstres d autrefois; il a chassé de devant toi TEnnemi (le grand Ennemi, la nuée ou Tiamat) et il a dit : « A morti »
Nous laissons pour le moment les fragments bi- bliques qui comprennent les livres de Josuë^ des Juges , de Samuel et des Rois , et nous passons à Isaie. 11 y a , dans les livres que nous laissons présentement, un certain nombre d^énigmes dont nous ne croyons pas encore tenir la solution.
Is. , ch. VI , V. 1 . HV2^ m kd3 rappdie la locution assyrienne si fréquente dans les textes historiques : ina kussi nimedi aiibma. KD3 et ^73^ se trouvent, en assyrien , bous la forme kussa (if gaza) et ekallap avec cette différence que Tassyrien ekcUla signifie plutôt « palais , grande demeure . , sans acception religieuse exclusive, tandis que S^M ne s applique plus qu'à un sanctuaire. Si Ton considère qu il s attachait aux palais des rois assyriens et surtout à la demeure des anciens patesi, une acception religieuse (témoin la forme, Taccentuation de ses édifices, les solennités dont ils étaient lobjet, etc.), on n a pas de peine à comprendre comment cette acception seule a passé
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 1 15
d une langue dans Tautre; en d autres ternies, le sens du mot biblique est plus conforme an sens primitif. Nous aurons l'occasion de remarquer que le fond de la langue biblique est plus archaïque que la langue assyrienne à nous connue, et nous en déduirons une loi importante intéressant la philologie sémitique.
V« 6* Q'^Dits;. Les monuments assyriens ne nous présentent pas jusqu à présent d'êtres munis de trois paires dailes. On traduit généralement i^v par « ange ». Nomb. ,31,6,9, ^^^^ présentent ce mot comme synonyme de Zfm « serpent » ; cf. Nomb., 2 1 , 6 , et Deut. , 8 , 1 5. Ce serpent est ailé. Is. , 1 4 , ^9 , nous montre encore le »)di5^d »1")C^ (ailé) comme issu du serpent, et Is., 3o, 6, le place à côté de n^^DK « vipère ». D autre part, la racine ^iv nous ramène à ridée de «feu, brûler». Vers, à semble donner suite à cette idée: « Le temple se remplit de fumée ». Donc les serpents sont enflammés. Le v. 6 mêle en- core le feu à la vision ; le mythe cède la place à un procédé naturel. Le f\i^ prend avec une pincette du feu sur Tautel et en piuifie les lèvres du prophète. En combinant les deux éléments, serpent ailé et feu, nous ramenons la théophanie dlsaîe h ce que nous avons déjà si souvent rencontré au phénomène phy- sico-mythique de l'éclair. Nous avons déjà vu que l'idéogramme de « serpent » et celui d'« éclair » sont exprimés en assyrien par le même signe. L'éclair est donc conçu par un côté de la mythique sémitique comme un serpent ailé et enflammé. Dans la pre-
8.
lie JUILLET-AOÛT 1897.
mière mythique, ce serpent est hostile à rhoinme jusqu'au jour où Marduk-Bel-Jahvé Ta réduit sous sa domination. Encore, dans ia mythique chaidéenne, n'est-ii pas irrémédiablement vaincu, et à côté du serpent-nuage il joue un rôle dans la mythique de Téclipse et dans lapparition et disparition de Sin (la Lune); mais dans la Bible, et surtout dans la Bible des prophètes, il ne pouvait garder ce caractère à côté de Jahvé, et il devient un ange, un émissaire, un instrument de Jahvé. La fumée du v. 4 est my- thique. Au V. 6 , le prophète a délayé le mythe pour. Tadapter à son sujet et il a substitué au feu céleste le feu de lautel. Nous surprenons ici sur le vif une des lois d'adaptation de la langue mythique aux be- soins du moment. Il est possible que les mots ^^ du V. 2 ne se rapportent pas à ^anx, mais à ^3M, c'est- à-dire les D^Die; se tiendraient près du Vd^t divin, et nous aurions l'équivalent des serpents gardiens des demeures babyloniennes. Nous aurons en même temps ici la raison de cette conception. Nous verrons que le Vdm n'est autre chose ici que le Ciel, et les pans de robe qui remplissent le ^DM sont, à l'origine, les Nuées. Dans les tablettes rapportant la lutte cos- mique de Marduk, nous retrouvons aussi ce vête- ment et ces pans, et, comme nous savons, ils y jouent un rôle capital. Donc les serpents gardiens du ^DTi représenteraient l'éclair gardien des Nuées. Je rappellerai ici le texte de Desc. d'Istar : labsama kima issuri sabot kappi « (les génies inférieurs) sont vêtus, comme les oiseaux, d'un vêtement d'ailes».
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 117
V. 3.m3D Y'^^'"' ^2 ^^^ répond à ce que nous trou- vons dans une inscription d'Hammurabi : milamnm sama ursita milaL La triple répétition du mot ^Mp rappelle les triples assar, assur, assar, par lesquels débutent les prières assyriennes pour le pays , la ca- pitale et le roi , et le triple likraba « qu'ils soient fa- vorables» qui termine ces prières ou chants (voir III Rois, 66).
V. 1-8 et suiv. Je remarque, à propos de cette théophanie , que la théophanie dlsaïe et celle d'Ezé- chiel (Ézéchiel, ch, i et x) empruntent leurs éléments au vieux fond babylonien. On peut supposer pour Ezéchiel qu'il emprunte ses images à ce qu'il a sous les yeux en pays babylonien; mais on ne peut faire cette supposition pour Isaïe. De plus, il est difficile de penser qu Ezéchiel , qui reproche si souvent au peuple israélite les concessions faites à l'étranger, les emprunts faits aux Babyloniens, ait lui-même mis toute sa prédication sous les auspices d'une vision empruntée au culte babylonien. La page d'Isaïe et celle d'Ezéchiel me semblent être des transcriptions presque littérales, et je ne suis pas loin de supposer que les Hébreux avaient gardé aussi bien que les Babyloniens des documents où les vieilles traditions étaient fixées.
Ch. viii, V. 6-8. Ces métaphores me semblent empruntées au système de canalisation et d'endigue- meîit en usage en Chaldée. Je ne sache pas qu'aucun
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fleuve palestinien ait été sujet à des crues et débor- dements. Il s'agit précisément ici du roi d'Aiur.
Ch. XIII, V. Ix. nonVtD K3:r npsD « (Jahvé) passe en revue l'armée de guerre » rappelle l'expression assy- rienne pakidat kisat same appliquée à Nabu. Nabu, à l'origine double de Marduk , puis son scribe , celui. qui le précède, l'annonce, est aussi chargé de veîfler au salut des demeures célestes.
■
V. 1 o. Dn^SoDi D-'iDcrn >33i3 « Les étoiles du ciel eÉ leurs ^'03». Voir Job, g, g; 35, 3i; Amos, 5, 8, avec cette différence que, dans Isale, le mot est au pluriel. L'homonymie de ce mot avec ^ob t foie » semble bien se rattacher à une conception mythique» à celle de géants comme les Anuni ou Anunaki; mais je ne vois rien dans la mythologie assyrienne qui puisse être philologiquement rapproché du mot b>DO . Job , nnsn b^OD m^iî^io « Est-ce toi qui délie les liens du Sp3 ? » combiné avec le pluriel de notre passage nous marque peut-être qu'il ne faut pas, comme on Ta fait jusqu'ici, entendre par V'»D3 un astre déterminé, mais tout astre attaché à un autre, par conséquent tout satellite.
Ch. XIV , v. g. D'^KDn . Nous en avons parié ailleurs* J'ajouterai ici que la racine de ce mot e^t nsn * être faible», ce qui est d ailleurs confirmé par le verset suivant. Les Ombres disent au roi de Babylone : « Toi aussi, tu es affaibli comme nous ». Nous avons donc
MÉLANGES ASSYRIOLOGIQUES ET BIBLIQUES. 119
bien dans la Bible la conception des morts comme d'Ombres sans force [eïScjXa xafiSvTCJv); voir Ps. , 88, ii; Prov., a, 18; 9, 18; 21, 16. Descente dlstar (en particulier le vers. 8) tout le commence- ment.
V. 1 1. ine; p ^V^^. Je considère S^^^ non comme un adjectif verbal se rapportant à p , mais comme un substantif sur le type de byn, HTn; la racine est SSn « briller », et je traduis : « Le Lumineux, fils de TAurore , lastre brillant par excellence encore visible à l'aurore I», qui ne peut désigner que Vénus dans sa phase matinale. Le déterminatif idéographique qui précède les astres se lit, en assyrien, mal, qui a également pour racine alal «briller», hh^n pourrait n'être qu'un équivalent de mal, et l'expression SS^n, suivie du nom propre, pourrait être absolument équivalente à mal suivi du nom propre.
120 JUILLET-AOÛT' 18«7.
nahapAna et L'ère çaka,
PAR
M. A.-M. BOYER.
On regarde généralement 1 avènement de Kaniska comme le point de départ de Tère Çaka. La légiti- mité d une opinion qui rejette après Tan 7 8 de notre ère le règne de ce prince se trouve contredite par un récent mémoire de M. Sylvain Lévi^ Il semble aussi, d autre part, que ce Ksatrapa Nahapâna qui, par les monuments qu il nous a laissés , inscriptions et médailles , surgit tout à coup d'une race jusqu'à lui sans histoire et nous apparaît maître du Su- râstra, de TAvanti^, dune partie de la côte occi- dentale du Dekhan, ait des titres sérieux à revendi- quer pour lui-même Thonneur jusqu'ici accordé à Kaniska. Je me propose de les établir par les consi- dérations qui vont suivre.
* Journal asiatique , j&n\.-îé\r. 1897.
' Que Nahapâna ait possédé l'Avanti semble assuré par la men- tion d'Ujjain dans n" 7 Nâsik {A. S. fV. L, IV) où il est naturel- lement question de villes au pouvoir de ce prince.
nahapAna et L'Ère caka. 121
I
A Nahapâna, dont Sâtakani (iotamîputa détruit la race et conquiert Fempire, succède de fait dans la possession de plusieurs des provinces où il avait régné, une série de princes qui s'ouvre par Castana. Ces princes portent, comme Nahapâna, le titre de RâjaKsatrapa oxxMahâksatrapa; leur royaume s'étend du Surâstra au Mâlava ; leurs dates connues courent de Tan 7 2 à Tan 3 1 o de Tère qu'ils emploient. L'an •72 appartient au règne de Rudradâman, petit- fils de Castana ; l'an 3 1 o , au règne du dernier Ksa- trapa. La lecture de cette dernière date est celle de Cunningham et de M. Bùhler, d'autant plus admis- sible que les dates sur monnaie de l'avant -dernier Ksatrapa se succèdent, d'après Bhagvâhlâl Indrajî, de 270 à 298 au moins ^ Quelle est, en ère chré- tienne , la date initiale de cette ère Ksatrapa ?
Les monnaies des Ksatrapas disparaissent après 3 1 o , c'est donc vers cette époque qu'ils sont soumis par les Guptas , et c'est la détermination de cette époque qui nous donne la réponse.
Les deux monnaies d'argent, l'une du dernier Ksatrapa, l'autre de Candragupta II, trouvées en- semble à Sultanganj dans le trésor d'un même stûpa ^, sont un premier indice qui rapproche les règnes des
* The Western Kshatrapas , by Pandit Bhagvânlâl Indrajî; edited by K. J. Rapson; dans J. R, A, S., 1890. ' Arch, Surv. Ind,, X, p. 127.
IM JDILLET-AOÛT 1S07.
deux princes. Le père de Candragupta II, Samudra- gupta, avait déjà, d'après Tinscription d'Âliahabad, rendu tributaires les Mâlavas et les Âbhiras ^ c'est- à-dire les peuples de toute la contrée, peut-être, soumise aux Ksatrapas, car le pays des Âbbiras comprenait entre ses limites quelque peu flottantes cette région qui fait suite aux bouches de Tlndiu et qui contient le Surâstra. L'inscription de Samudra* gupta à Ëran prouve du reste qu'il avait de fidt réuni à son empire la limite orientale du'Màlava.
Les deux inscriptions de Candragupta II à Uda* yagiri, celle du même prince à Sàfici, accentuent encore vers rQUest la domination des Guptas, L*une des deux inscriptions d'Udayagiri^ date de 4oi (3 19 + 8a) ap. J.-C; elle nous montre feudataire de Candragupta et datant dans Tère de son suzerain un maharaja Sanakânika, c est-à-dire d'un peuple que Tinscription d'AUahabad mentionne, avec les Mâlavas et les Âbhtras, dans une même liste, parmi les tributaires de Samudragupta [loo. cit.).
Avec le fils et successeur de Candragupta II les monnaies guptas apparaissent dans le Kathiawar, à l'extrémité occidentale du territoire ksatrapa. C'est vers 4 1 4 ap. J.-C. que KumAragupta succède à «on père.
Autant que nous l'apprennent les monuments , le
^ CL, III, n** 1, 1. 22-23 : Mâlavârjunâyanayaudheyamâdrakâ-» bhîraprârjunasanakântkakâkakharapapikftdibhiçca sarvvakaradânft- jnâkarauapranâmâgamanaparitoflitappacandaçâsanasya.
« C. ï, Ill\ n" 3.
nahapAna et L'ère çaka. 123
règne de Samudragupta marque donc le premier coup porté aux Ksatrapas; le règne de Kumâra- gupta témoigne de leur disparition. C'est dans Tin- tervalle, sous Gandragupta II, que paraît s opérer leur chute, par le développement toujours croissant de la puissance des Guptas. Il est donc juste de pla- cer vers la fin du iv* siècle la destruction de leur empire, soit 4 00 ans ap. J;-C,
La différence 4oo-3io donne donc, avec une sérieuse approximation, la date en ère chrétienne de lorigine de Tère Ksatrapa. Nous obtenons ainsi 90 ap. J."C.
Ce chiffre nous porte si près de 78 ap. J.-C,, première année d^ Tère Çaka, qu'il est bien difficile de ne pas ramener à ce point de départ Tère Ksa- trapa. J'admets ce point de départ; et nous le ver- rons s'affirmer de plus en plus à mesure que nous avancerons dans notre étude. Qiiel est, maintenant, le fait qui donne naissance à cette èreP Je pense qu'il se trouve dans Tavènement du premier Ksa- trapa, Nahapâna.
Il
En l'absence d'un document explicite, il importe de vérifier avant tout si une telle manière de voir s'accorde avec les faits certains connus. Je crois qu'il en est ainsi, et ce sera en même temps un véri- table témoignage de son exactitude, je l'espère, que la façon naturelle dont elle les met en place ou les explique.
124 JUILLET-AOÛT 1897.
Les premiers qui se présentent à notre examen sont ceux qui ressortent des inscriptions • des Ksa- trapas et des Andhras^ Je dois les rappeler briève- ment, sans rejeter quelques redites, nécessaires à la clarté.
Les dates connues de Nahapâna vont de 4 1 à 46 *. Ces dates, naturellement, ne certifient pas à elles seules im long règne , leur point d'origine pouvant être différent de Tavènement du prince. Mais l'effigie de ce Ksatrapa, frappée sur les monnaies, dont le type passe, d'après Bhagvânlâl Indrajî [op. cit), par tous les degrés, de la jeunesse à un âge avancé, affirme qu'il occupa le trône de longues années du- rant. Il est donc légitime d'admettre que l'ère dont use Nahapâna commence avec son règne.
Son vainqueur est Sâtakani Gotamîputa. L'in- scription n° 1 8 Nâsik ^ déclare seulement que le roi Andhra a détruit là race des Khakliarâtas, c'est-à- dire de Nahapâna, mais aucun prince ne se place enlre Nahapâna et Sâtakani dans les inscriptions de Nâsik, et, d'autre part, nous y voyons (n" i3 Nâsik)
^ Il est à peine nécessaire de rappeler les travaux dont profite ici la présente étude , le mémoire de M. Bûhler, par exemple , dani Ind. Antiq. XII, p. 272 et suiv.; le chapitre sur la chronologie des inscriptions, de M. Senart, dans Les Inscriptions de Pijadasi (t. Il, p. 447 et suiv.).
* A. S. W. L, IV, n° 9 Nâsik, p. 102; n" 11 Junnar, p. io3. A moins d'indication contraire, les numéros d'inscriptions «pii suivent renvoient au même volume, p. 98 et suiv.
^ Pour cette inscription , et celle de Rudradàman à Gimar, je me sers du texte édité par M. Bûhler dans Die indischen Insckrijïen and da% Aller der indischen Kunstpoesie,
NAHAPANA et LÈRE ÇAKA. 125
une donation faite par Sâtakani d'un territoire jus- qu alors ^ en la possession d*Usabhadata, qui semble bien clairement TUsavadâta de Nâsik (n* 5, 7, 9, 1 o) identique à l!Usabhadâta de Kârle (n** 6), c est-à- dire le gendre même de Nahapâna : nous sommes donc naturellement amenés à penser que ce fut avant tout dans la personne de Nahapâna que Sâta- kani détruisit la race ennemie. En tout cas, Tinter- valle entre la mort de Nahapâna et la victoire des Ândhras fut, s'il exista, très peu considérable, et c'est le point à noter.
Cette victoire de Sâtakani a lieu avant la 1 8® an- née de son règne ^ (n" 1 3 Nâsik). Il règne au moins 24 ans (n° ili Nâsik).
Son fils et successeur, Siri Puiumâyi Vâsithîputa , règne au moins 2 4 ans (n° 2 1 Kârle).
Sirisena Mâdhariputa , successeur très probable- ment immédiat de Puiumâyi, règne au moins 8 ans^ (n"* ili Kanheri).
Caturapana Sâtakani Vâsithîputa, successeur très probablement iujmédiat de Sirisena, règne au moins i3 ans (inscr. de Nânâghât).
Siriyana Sâtakani Gotamîputa , son fils , règne au moins 27 ans (£. /., I, p. 96).
Pour ce qui concerne les Ksatrapas Senas, nous
* A, S. W, /.,IV, p. io4 : Khetam ajakâlakiyam Usabhadatena bhûtam.
* M. Bûhler avertit, p. 58 du mémoire déjà nommé Die indisclien Insckriften, etc, de corriger i4 en 18 dans la transcription donnée par A. S. W. /., IV, p. io5.
^ i.5. fr. /., V.
126 JUILLET-AOÛT 1897.
ne savons rien de la durée du règne de Gastana; son fils et successeur Jayadâman parait avoir régné peu de temps, vu la rareté de ses monnaies ^ Sous le prince suivant, Rudradâman , Tinsoription de Gimar nous apprend qu'en *ji (de Tère Ksatrapa) eut lieu la rupture de la digue d*un étang, réparée ensuite, quoique avec peine , du vivant du mâme prince. L'an du règne personnel nest pas indiqué, mais dans Tinscription rien n'affirme un début de règne, tout fait supposer plutôt le contraire; la di£Biculté, d'abord, de mener à bonne fin Tœuvre dont il vient d'être question, difficulté qui avait découragé les ministres du prince (1* 17) et qui ne fut naturelle- ment surmontée qu'au bout d'un certain temps; les expéditions mentionnées, ensuite. Ce n'est pas sans doute d'un seul coup d'épée que , du côté du nord , Rudradâman avait anéanti les fiers et intraitables Yaudheyas^, et, du côté du midi, jusqu'à deux fois mis en pleine déroute^ le roi du Dekhan Sàtakarni, exploit auquel il ajouta la gloire de faire grâce au vaincu. A Rudradâman succède, d'après les mon- naies, son fils Dâmajada; à Dâmajada, son fils Jîva- dâman.
Ces deux princes, d'après la rareté de leurs mon- naies, semblent régner peu de temps. Puis vient un second fils de Rudradâman , Rudrasimha , que l 'in-
* Pour cette série dynastique , cf. The Western Kshatrap€u,
' L. 11-12 : sarvvaksatrâviskrtavîraçabdajâtotsekâvidheyàiiâiii
yaudheyânâni
' L. 1 2 : dvir api nirvyâjam avajityâvajitya.
iNAHAPANA et L ère ÇAKA. 127
scription de Gûnda nous montre régnant en 102 ^ Ses premières monnaies (leur première date est 1 o3 ) portent en effigie, dit Bhagvânlâl Indrajî, une tête jeune et sans moustache, les spécimens de date plus tardive montrent la moustache, conformément au type des princes de cette dynastie. C'est là une preuve de plus de la brièveté du règne de ses deux prédé- cesseurs.
Lan loa qui marque le début du règne de Ru- drasimha correspond, d'après ce que nous avons dit, à 180 (78+ioii) de notre ère. Si Nahapâna monte sur le trône en «78 ap. J.-C, les événements précédents doivent se placer naturellement dans Tintervalle de 78 à 180 ap. J.-G. En est-il ainsi?
Pour répondre à cette question, je dresse la liste chronologique suivante :
78 ap. J.-C. Avènement de Nahapâna. à^ Dernière date connue de Nahapâna.
a Intervalle hypothétique entre 46 et la victoire
de Sâtakani Gotamiputa. b Intervalle hypothétique entre la victoire de
Sâtakani Gotamiputa et Tan 18 de son règne. 6 Intervalle de Tan 18 à Tan 3 4 de Sâtakaçi
Gotamiputa. c Reste hypothétique du règne de Sâtakani Go-
tamiputa. 2^ Dernière date connue de Siri Pulumâyi.
d Reste hypothétique du règne de Siri Pulumâyi.
^ Indian Antiqwuy, X : A new Kfotrapa inscription, by D' BÛh- 1er.
128 JUILLET-AOÛT 1897.
c?' Intervalle hypothétique entre Siri Pu}iimàyi
et Sirisena.
8 Dernière date connue du règne de Sirisena.
e Reste hypothétique du règne de Sirisena.
e' Intervalle hypothétique entre Sirisena et Catu-
rapana Sâtakani.
/ * Intervalle entre l'avènement de Caturapana
Sâtakani et la fin de la guerre de Rudra- dàman avec ce prince, que je regarde, en l'absence de toute indication contraire, comme étant le Sâtakani de rinscription de Girnar.
y Intervalle entre la fin de cette guerre et l'in-
scription de Girnar qui la relate.
k Intervalle entre l'inscription de Girnar et la
mort de Rudradâman.
I Intervalle entre la mort de Rudradâman et
i8o ap. J.-G.
La somme de toutes ces quantités peut-elle éga- ler i8o?
Négligeons, conformément à l'exposition qui a précédé, les intervalles d', e\ il vient :
162 -{-a-\' b ■}- c-{-d-{-e -|-/-|- g + ^ + *
OÙ les neuf dernières quantités doivent se renfermer dans un espace de 1 8 ans.
Evidemment, rien que de possible.
a, è, c, se présentent comme peu considérables : a, vu la longueur du règne de Nahapâna; 6, à cause de l'expression « ajakâlakiyam Usabhadatena bhû- tam » dans l'acte de donation de Sâtakani en fan 1 8 , ci-dessus rappelé; c, pour la raison qui suit. L'in-
nahapAna et L'ère çaka. 129
scription n° 1 8 Nâsik est datée de l'an 1 9 du règne de Siri Pulumâyi. Or il y est question d une dona- tion actuellement faite par l'aïeule de ce prince, Gotamî Balasiri, mère de Sâtakani^ Nous ignorons à quel âge ce dernier prince monta sur le trône; mais la survivance de sa mère 19 ans après sa mort n est pas un préjugé en faveur de l'addition d'un grand nombre d'années aux ilx ans connus de son règne.
D'autre part, d eX e n'exigent aucune étendue. Nous pouvons donc , égalant à quelques années l'en- semble des cinq quantités dont il vient d'être ques- tion, regarder l'avènement de Gaturapana comme ayant lieu vers 170. La guerre avec Rudradâman ne demande par elle-même aucun long délai, . l'in- scription de Girnar n'a sans doute pas tardé, puisque l'accident qui en fut l'occasion s'était produit depuis plus de 20 ans déjà, en i5o (78 + 72) ap. J.-C. La mort de Rudradâman qui régnait en i5o a pu suivre de près : à placer cette mort vers 1^7 5 il reste l'intervalle que réclament les règnes courts de ses deux premiers successeurs suivis, en 180, de son jeune fds Rudrasimha.
Il faut, pour clore ce qui touche ces inscriptions, mentionner le mariage , d'ailleurs incertain , de Sâta- kani Vâsithîputa avec une fille de Rudradâman 2.
^ L. 10 : eta ca lena mahâdevî mahârâjamâtâ mahârâjapatâma- hî dadâti.
^ Le document interprété dans ce sens est n° ii Kanheri.dans A. S, W, L, V. On le rapproche de la déclaration que fait l'inscrip-
X. Q
mratXBkii iatiuxal*.
130 JUILLET-AOÛT 1897.
Il ne saurait faire difficulté, puisque Rudradâman, d'après ce que nous venons de dire , règne dès 1 5o au moins, et que Gaturapana Sâtakani Vâsithîputa monte sur le trône vers 170. L'inscription du reste ne dit pas que le mariage ait eu lieu après Tavène- ment de Vâsithîputa.
Restent les faits connus par le témoignage de Ptolémée. La théorie précédente est manifestement celle qui les explique le mieux et peu de mots sont ici nécessaires. Ptolémée, écrivant vers i5o ap. J.-C, mentionne, comme roi d'Ujjain, Tiastanés, Gastana; comme roi de Paithan, Siri Polemaios, Siri Pulumâyi. Nahapâna régnant au moins jusqu'en ia4 (78-I-A6) ap. J.-C. fait Gastana, s'il vient, comme on l'admet, peu de temps après lui, contem- porain de Ptolémée. De plus, Nahapâna régnant jusque vers 124, Sâtakani, d'après ce qui est dit plus haut, règne jusque vers 1 3o , son fils Siri Pulu- mâyi est donc également contemporain de Ptolémée. Nous voyons en même temps que la connaissance que Ptolémée avait de Siri Pulumâyi justifie encore le peu de durée que nous avons donné aux inter- valles a, b, c.
Tout ce qui précède favorise donc l'assertion : l'ère Ksatrapa, datant de 78, commence avec Naha- pâna. Avant Ptolémée, un autre auteur de langue grecque me semble fournir une indication pré- cieuse à l'appui de cette thèse. Je crois, en effet,
don (le Girnar de liens qui unissaient les adversaires et qni sau- vèrent le vaincu. ( Voir plus liaut. )
nahapAna et L'ère çaka. 131
que nous trouvons dans le Périple de la mer Erythrée la mention de Nahapâna, et cela, précisément à Tépoque où nous venons de le placer. Cet ouvrage de la fin du premier siècle va nous donner en même temps sur la nationdité de ce prince, dont nous aurons à nous occuper bientôt, un renseignement qu'il importe de recueillir.
III
Je dis de la fin du premier siàde.
La thèse de G. Midler, plaçant la rédaction du Périple entre 80 et 89 ap. J.-C,, paraît avoir con- quis droit de cité aujourd'hui. On ne peut la placer, de fait , avant l'époque de Pline , et ,^algrë la savante contradiction de Reinaud^ il est bien difiBciie de lui
* Mémoire sur le commencement et la fin du royaume de la Mésène et de la Kharachie, et sur fépoqvue de la rédaetion du Périple de la mer Erythrée, etc, dam «/• À,, i86t4 -* AuBsi Mémoires de VAda- demie des inscriptions et belles-lettres , U XXIY. — > Reinaud abaisse l'âge du Périple à 2 46 ap. J.-€. L'un des arguments de l'éminent auteur, qu'il regarde comme décisif, est que la partie Sud-Est de la péninsule arabique y est dite ithi rrjs VLepMoç. D'après Reinaud , cela signifie que les Persans possédaient la r^on « depuis peu ». «N*est-ii pas singulier, ajoute-t-il, qu'aucun traducteur jusqu^id n'ait fait attention à un fait aussi important?» (P. 74 du tirage à part ) Je demeure , je l'avoue , parmi la masse des traducteurs. Hapà- xeêTot x^pA ^dp^ot oUx ht tife esMle fiaatXtiatf âXX* Hêri tfff IIcp- alioe (S 33) me paraît vouloir dire : t (Puis) se présente nne région barbare qui ne fait plus encore partie du même royaume, mais fait déjà partie de la Perse. » Ce qui n'implique nullement qu'^e en fasse partie depuis peu de temps , mais seulement que le voyageur qui part du premier royaume se trouve depuis peu de temps sur un territoire persan , quand il arrive dans cette r^;ion. La côte occi-
132 JUILLET-AOÛT 1897.
attribuer une date de beaucoup postérieure. L'auteur anonyme, un habitant de TÉgypte, d'après son propre témoignage , parle comme d'un contemporain de Malichas, roi de Nabatène ($19). Les historiens^ nous apprennent que ce royaume fiit réuni à l'em- pire sous Trajan, en 106 ap. J.-C, et, pour con- firmer leur récit, la série des monuments épigra- phiques des rois nabatéens, ouverte au milieu du II* siècle avant notre ère, se termine brusquement en 95 ap. J.-C.^. Or l'avant-demier roi (le dernier est ^^f^'^, Rab'il) est justement un idVd, Msdiku El, de 89 à 70 ap. J.-C.
C'est là un argument dont la valeur, sembie-^t-U, ne saurait être contestée. Faut-il accorder la même confiance à un autre rapprochement, que proposait C. MuHer? L'auteur du Périple donne comme roi actuel d'Ethiopie Zôskalês (S 5). Les listes des rois éthiopiens publiées par Dillmann ^ placent entre 80 et 98 ap. J.-C. le règne de A^Ai, Heklê. C. Mul- 1er adoptait Za-Hekade. D'après une note (p. 343 ) de Dillmann, la liste, en effet, porte rédlement
dentale du golfe Persique, sdon que l'admet Reinaud, fut dàs le principe sous la dépendance des princes de la Mésène (p. 33, 34 du tirage à part). Or cen général (p. 35), les rois de la Mésène se reconnaissaient vassaux des rois Ârsacides, et ils firent partie de ce que les écrivains arabes et persans ont appdé pKis tard du nom de Molonk al Theouayf*, Cela suffisait bien à ftEÛre donner à la contrée le nom de Perse dans le langage popidaire des marins étrangers.
^ Dion Cassins, 68, i4. Cf. Am, Marcel., i4, 8.
* C. /. .S'., ps. II, t. I, p. 181-182. Z, D. M. G., t. Vil, p. 339 et suiv.
i
NAHAPANA et L^ÈRE ÇAKA. 133
Uàk^h», Zahellê, mais Za se trouve \k comme par- ticule de génitif : (années) de Hekiê. Il est vrai que les voyageurs de langue grecque qui ne savaient pas l'éthiopien, ignorant le rôle grammaticd de cette particule, la pouvaient entendre comme première syllabe du nom du prince, quand les phrases échangées l'amenaient au génitif; et la confusion était d'autant plus facile que cette particule Za est une de celles qui entrent fréquemment comme pre- mière syllabe dans la formation des noms de per- sonne éthiopiens ^ Mais le passage de Zaheklê (qui égale à peu près ZahMê) à Zôskalês se peut-il rigou- reusement justifier? Ayant à prendre un point d ap- pui dans lage du Périple, je n'oserais revendiquer cette identité.
D'autres indices viennent confirmer Tépoque in- diquée par le nom contemporain de Malichas. L'au- teur nous dit que de son temps on se servait encore à Barygaza des monnaies d'ApoUodote et de Ménandre ($ 47). Il n'est pas vraisemblable que l'usage de ces monnaies se soit prolongé deux ou trois siècles après notre ère. Du temps de l'auteur, Ujjain n'était plus capitale ($ 48). Elle le fut à coup sûr dès la première partie du 11* siècle, puisque Ptolémée vers i5o en fait la capitale de Tiastanês, et nous n'avons aucune raison de croire qu'elle eût cessé de l'être sous le ^orieux Rudradâman, ni sous les princes qui sui- virent.
C'est donc à bon droit que l'on fixe la rédaction
^ Cf. Dilimann« Gram» der œthiopiichen Sprache, p. 368, note.
134 JUILLET-AOÛT 1897.
du Périple à la seconde moitié du premier siècle, et comme elle parait sûrement postérieure à l'œuvre de Pline, terminée en 77 ap. J.-G., il est juste de lui donner pour date Tan 90 environ.
Voici maintenant les renseignements du Périple sur la partie de llnde d'alors qui nous occupe.
A partir du golfe de Barakés, c est-à-dire de la pointe septentrionale du Kathiawar, s ouvrait le golfe de Barygaza, formé par la côte de cette presqu'île et la côte Nord-Ouest du Dekhan (S 4i).
Il bordait TÂriakô : cette contrée commençait le royaume de Mambanos^ La partie continentale [fiscrôyeia) de TÂriakê, confinant à la Scythie placée dans la région de Tlndus (S 38), s'appelait Abêria (Abhîra), la partie côtière (tsrapaôaXflfavia), Suras- téné (Surâstra). La capitale du pays était Minnagara : de cette ville on transportait à Barygaza quantité d'étoffes^. De détails pareils à celui-d l'auteur a rempli son livre : marin lui-même (S ao) il écrivait pour les marins et trafiquants , et s'il ignore les grâces du style, du moins, et c'est l'important, la précision des renseignements qu'il donne laisse fort peu à désirer.
^ Ainsi que rectifie G. MuUer d'après le manuscrit. Prolegamena, jp. cxLiy (dans Geographi Grœci minores, t. I, éd. Didot).
* AÇ>' ^s Haï la^etalov oOévtov eîs Bapt^aja xajdyerat (S 4iJ. cDans ce pays, ajoute l'auteur, on trouve encore les trtoda de l'expédition d'Alexandre : vieux temples, fondations d'enceintâa fortifiées, vastes citernes.» Naturellement, dans ces régions peu éloignées de Tlndus, aux yeux des Grecs, tout vieux monument venait d'Alexandre : nous avons , nous , les camps do Gésar.
nahapAna et L'ère çaka. 135
La Mînnagara de Mambanos se trouve ainsi bien désignée : elle n'a rien de commun avec cette autre Minnagar que Tauteur nomme dans une région dif- férente (S 38) et dont il dit, immédiatement après avoir parlé des bouches de ilndus : « En arrière se trouve à i 'intérieur des terres la capitale de la Scy- thie même, Minnagar : elle est sous la puissance des Parthes, perpétuellement aux prises pour s'ex- pulser les uns les autres. > Impossible de confondre Minnagar de Scythie et des Parlhes, et Minnagara d'Ariakê et de Mambanos.
Ptolémée du reste distingue également les deux villes (1. VII) et son témoignage précise encore leur situation. Il nomme près de Tlndus Binagara 1 18"*- 2 5** 20', la Minnagar du Périple; et, peu après, à l'Est de la Narmadâ, Ozênô 1 1 7*- 20^ la capitde de Tiastanês , puis immédiatement Minnagara 1 1 5"* 1 5'- i9°3o'.
Il est donc à propos d'admettre que vers l'époque oèi fut composé le Périple, Mambanos régnait avec une ville nommée Minnagara comme capitale, ville située vers la région de la Narmadâ, et distincte de celle de l'Indus, sur un empire dont la première province, en descendant avec le Périple la côte, était TAbhîra-Surâstra, et qui se prolongeait jusqu'à demi -longueur du littoral dekhanais sans doute, puisque le premier royaume que lauteur nomme ensuite est celui de Kêprobotos , souverain de la Li- murikê^ (S 53-54).
^ Knirpo^dTcv est la leçon du manuscrit. — Quant au passage
l.iO JDILLET-AOOT 1897.
Or Nahapâna régnant, d'après nous, à partir de •78 de notre ère, règne à Tépoque de Mambanos; le territoire soumis à Nahapâna est précisément le ter- ritoire soumis à Mambanos : Mambanos ne couvre- t-il pas Nahapâna ?
Je ferai d'abord deux remarques. En premier lieu, le marin auteur du Périple , qu'il tînt ses renseigne- ments d'autres marins ou de lui-même, ne les avait reçus sans doute que du langage populaire; en se- cond lieu , le passage du texte qui contient le nom de Mambanos est quelque peu corrompu : voici ré tablie, d'après les indications de MuUer, la leçon de l'unique manuscrit :
Merà le tôv BapéixYjv sù6^s è<v b Bspvyà^Anr nè'k'KOç Kaï ^ 'US pas kpa€tXYjs x^pa? t^ Mafi^àvov ^tuTtktlas dpx'à xai rfjs ÔXyjs MtHifs^ ohaa, Ta^Ttfç rà nèv [lea&yeia t9^ Sxv- dlas (jnjvopiiovra tëirjpia naXetrat rà "SfapaOaXéurata iè Svv- pcu/Iijvij.
Le sens général se rétablit facilement. Quant aux noms propres, grâce aux $$ ik et 54, Arabikê re- devient Ariakê ; Ibêria est manifestement l'Abiria de Ptoiémée VII, i ; Sunrastênê est la Surastrénê du S II II, Le passage le plus maltraité Ka) 1) ^pbs Apa-.
corrompu du S 53 : Toictxà Se èfiifépta xarc^ rà é&is xeifuva kxaSé- povs aii-nitapa KakXieva 'oàhs, quelle que soit la lecture que l'on adopte (Muller : kxaSdpov Sot^inrapa], il est clair que dans ce texte kxaSdpov ne peut nomnier qu*un lieu , non un homme. C'est ainsi du .reste que le comprend la traduction latine jointe à l'édi- tion de Muller : c Minora autem quorumdam locorum emporia post Darygaza si ta hoc se cxcipiunt ordine : (Acabaru) Suppara, Callicna urhs. >
nahapAna et L'ère çaka. 137
Stxifç, etc. est légitimement reconstitué comme il suit dans Tédition de MuHer ^ : xoà ii vnetpos rifs Aptaxiis yjûpaSj t?$ Mafxâwot; ^aatXeias àpxv ^^^ "^vs &Xtis ivSixiis oSara, et c est de cette leçon que je me suis tout à Theure servi.
Ceci posé, parmi les phénomènes constatés qu'offre la transcription grecque d'un nom de llnde , on note les suivants :
La chute de h , seul ou accompagné de la voyelle qui le suivait : MrfîV ($ 42) — • Mahî; MotvdSa — Ma- hânada ;
La transcriplion de p par j8 ; âka^ivaêdSins—Dak- sinâpatha; UaXiëodpa — Pâtaliputra;
L'insertion de fi devant ce dernier équivalant : HaXifiSoOpa à côté de HaXiSoOpa; KafiëtarOSXot — Ka- pisthala^.
Appliquons ceci à Nahapâna : il vient Nambanos.
Voilà une forme qui se rapproche singulièrement de Mambanos. Le passage de Nambanos à Mam- banos a pu se produire, dans le texte altéré qui contient ce nom, par la négligence des copistes : je crois cette supposition très valable pour la transfor- mation de N en M, car ces deux lettres sont graphi- quement bien proches; peut-être, toutefois, y au- rait-il eu dans leur échange un accident plutôt phonétique que graphique , et dont il faut laisser la responsabilité à l'auteur.
^ En y rétablissant la leçon du manuscrit Ma/xêofvov. ' Cf. Ind. Antui», II : Hindn pronunciation of greek, and greek pronunciation of hindu words, traduit de Weber.
138 JUILLET-AOÛT 1897.
De ces deux explications quelle que soit ia plus naturelle, après ce qui précède elles suffisent à per- mettre, me semble-t-il, l'identification proposée.
JTadmets donc Téquation : Nahapâna » Mam- banos.
Avant d'aller plus loin, j'ajouterai luie remarque.
Un roi Saraganês est mentionné au S 5 si : ^} Tonr ^apaydvov toS "cfpza&nipov yfiàvùw « du temps de Saraganês l'ancien ». Sàtakani devient Sâtakani par lingualisation prâcrite de la dentale, Sâtakani passe à Sâdagani, la transcription Saraganês est dès lors légitime ^ l'identification semble plus que probable, et elle a été dès longtemps proposée. Ce Sâtakai^d « l'Ancien » reporte le souvenir vers le Sàtakani de l'inscription de Sânci^ et celui, peut-être identique, de l'inscription de Nânâghât^, inscriptions dont l'époque , suivant M. Bùhler, est antérieure à notre ère ^. Quoi qu'il soit , du reste , de ce rapprochement , un Sâtakani nommé par notre auteur «rAncien» suppose connu de lui, un Sâtakani plus réoent. Celui qui renversa Nahapâna avant la 1 8^ année de son règne n'étant pas monté sur le trône, selon nous, avant io6, ne saurait guère être ici désigné. Je ne puis voir là, toutefois, matière à difficulté, vu la fréquence du nom de Sâtakani chez les Andhras :
^ Cf. Indabara [PtoL, 1. Vil), réprésentant Indapattht (Indrtt- prastha).
' Gunning., Bhilsa topes, n" 190. » A, S. W, /., V, c.xii,n'' 1. * E. /., n, p. 88.
NAHAPANA et L*ÈRE ÇAKA. 139
il apparaissait trois fois tout à Theure dans une série de cinq rois , et nous le retrouvons encore dans les inscriptions oi-dessus rappelées.
IV
Or, qu'était Nahapâna?
Le constant usage de la Kharos^hî sur ses mon- naies, son titre de Kçatrapa le font regarder comme appartenant au Nord-Ouest.
L'inscription n"" 1 8 Nâsik conduit à une conclusion semblable. Elle contient un long panégyrique de Sâtakani Gotamiputa, daté, comme nous Tavons dit, de Tan 19 de son successeur. Or, si nous exa- minons les pays dont ce prince y est déclaré le sou- verain, nous voyons (1. 2) quil posséda, dans la région septentrionale de ses domaines, les contrées qu occupa Nahapâna, le Suratha (Siœâstra), TAvati (Avanti); si nous considérons les peuples dont on le dit destructeur, nous voyons nommés (1. 5) les Sa- kas, les Yavanas, les Pahlavas, et eux seuls (qu'on se souvienne en même temps de la présence du nom des Çakas dans les inscriptions de Junnar et de Nâsik; des Yavanas à Junnar, Nâsik, Kârle; des Pahlavas peut-être à Kârle) ; enfin si nous examinons les rois qu'il a combattus, il n'est question que d'une race royale, mais celle-là détruite, la race des Khakharâtas (1. 6). La conclusion vient d elle-même : ce sont les Çakas, Yavanas et Pahlavas que combat-
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tait Sâtakani quand il conquit sur Nahapâna le Su- râstra, TAvanti : Nahapâna était leur prince; on peut préciser davantage Télément qui dominait parmi ces étrangers.
La restitution du commencement de la ligne a
de n° 7 Nâsik [A. S. IV. L, iV) porte : Dî-
nîkaputrasa] Çakasa ; la note adjointe regarde comme « almost certain » que Çakasa forme un mot complet, et de fait, à considérer le contexte et le fac-similé (H. LUI), il est bien difficile de ne pas être de cet avis. L'inscription donne alors : Çakasa Usavadâtasa. Admettre ainsi, comme le font plusieurs savants, qu'Usavadâta, le puissant gendre de Nahapâna, -fut Çaka, cest déjà peut-être attribuer un rôle impor- tant à cette race dans le royaume, voici un argu- ment plus pressant.
Nous avons vu que la capitale de Nahapâna se nommait Minnagara, lune des deux Minnagara du Périple et de Ptolémée. C'est là un nom étranger (Min-nagara), c'est un nom qui nous oriente direc- tement vers la race des Çakas que l'on regarde gé^ néralement, je pense, comme ayant fondé la Min- nagara de l'Indus, et qui, à la même époque^, possédaient une ville de Min dans la région qui portait leur nom , la Sacastène , le pays des Çakas. Tous ces indices qui convergent vers une même conclusion, du caractère des monnaies au nom de
^ Isid. de Charax, Mans, Parth., S 18 : ÉyrevOev 2ctxa(j7at»4 S«- xSv "Zxvdœv . . . ÈvBa . . . Mh 'oéhs, Wv 'BfàXts est exactement le sanscrit Minnagara.
nahapAna et L'ère çaka. i4i
la capitale, semblent assurer que Nahapâna fut un prince des Çakas^.
Groupant les résultats auxquels nous ont conduit les faits successivement examinés, nous aboutissons donc à la conclusion suivante : un prince Çaka, qui paraît surgir tout à coup dans ITiistoire, et dont nous constatons la puissance, monte sur le trône à une date qui s accorde au mieux avec 78 de notre ère. Son avènement commence une ère que conti- nuent les princes qui recueillent en partie sa suc- cession , et dont , grâce aux monnaies , nous suivons le cours durant trois siècles. Est-il donc si témé- raire de reconnaître là Tère Çaka et son origine?
Notre opinion reçoit une confirmation remar- quable de lexamen de la région où paraît naître et se développer Tère Çaka. Cet examen est désormais rendu facile par le recueil de dates dont M. Kiel- horn a dressé la liste chronologique au tome XXIV de Ylndian Antiquary.
Mettons à part celles qui proviennent de docu- ments discutables ou manifestement controuvés.
^ Castana a usé, lui aussi, de la Kharoslhî. Son nom, le nom de son père Ysamotika, sonnent comme des noms étrangers. Le Ksatrapa qui prit la place du Çaka vaincu serait-il lui-même un Çaka ? Il y aurait là une explication simple de Tadoption de l'ère de Nahapâna par la dynastie qui vint après lui : en tous cas cette adoption n'est pas , comme on Ta fait remarquer, plus étrange que celle par les Valahhîs de Tère des Guptas.
142 JUILLET-AOÛT 1807.
Les premières inscriptions certaines de ilnde' se référant explicitement à Tère Çaka portent les quatre dates 5oo, 53u, 534 « 556 : leur site est sur une ligne tirée de Goa à Htudarabad. (Âihole et Bâdâmi sont les deux autres emplacements). Durant le siède Çaka suivant, les dates, je parie toujours des dates indiscutées, s'écartent de cette ligne sans remonter vers ie nord plus haut que M ultaï , dans le district de Betoui ( Provinces centrales) , et Antroli-Chftroli, à peu près à la même latitude dans le district de Sourat. Ainsi la région où semble naître, d^aprÀs ces inscriptions, et d'où se difiîise Tère Çaka, se place vers Textrémité sud du royaume de Naha- pâna; et comme pour affirmer le fait historique d'où naquit cette ère , la célèbre inscription de Bâdâmi , celle de 5oo, la plus ancienne de celles ci-dessus mentionnées , est datée dans Tère qui s'ouvre par la consécration roysde du souverain Çaka , Çakanrpati- râjyâbhisekasàmwatsaresu. Dans cette région , n'est- ce pas Nahapâna qui semble désigné P L'inscription de 532 porte seulement Çakakâla. Celle de 53& emploie l'expression Çakanrpatisamvatsara , qui se présente comme une abréviation de la formule de Bâdâmi. Celle de 556 date dans l'ère des princes Çakas, Çakânâm api bhûbhujâm, ce qu'il faut inter- préter, semble-t-il, vu ce qui précède, dans le sens d'un avènement.
Du reste, les inscriptions datées avant 5oo dont l'authenticité a été le plus sérieusement soutenue, celles d'Umetâ (4oo de l'ère Çaka), de Bagomrft
nahapAna et L'ère çaka. i43
(4i5), d'Dao (4 17), ont potir site la région même où régna Nahapâna. Par ailleurs, les autres inscrip^ tions contestées, jusquau viii* siècle de Tère Çaka, se placent géographiquement au sud des monts Vin- dhya, dans l'ouest et le midi de Tlnde, de même que les inscriptions certaines de la même époque dont je parlais plus haut.
Les inscriptions sanscrites du Cambodge appor^ tent ime nouvelle force aux faits cpii viennent d'être exposés.
Ces inscriptions emploient l'ère Çaka; une pre- mière série de dates court de l'an 626 à Tan 698; une autre série s'ouvre avec la date 890 : je ne con- sidère ici que la première. Or, suivant l'avis exprimé par M. Barth^ c'est de l'Inde du sud qu'est origi- naire le plus ancien des alphabets usités dans ces inscriptions , et qui appartient à celles qui nous don- nent les dates de la première série. Et le n* V, où nous trouvons à la fois les deux dates les plus an- ciennes, 626 et 546, use d'une écriture dont M. Barth dit : « Il n'est pas aussi facile que pour I « et II de ia rattacher à un modèle hindou déter- « miné. Les types dont elle se rapproche peut-être le a plus sont l'inscription de Mangaliça à Bâdâmi «(578 A. D.) et celle de Vikramâditya II à Patta- « dakal (milieu du viif siècle) ». C'est justement la région des inscriptions les plus anciennes datées en ère Çaka dans l'Inde, nous venons de le voir; en
^ Notices et extraits, etc., t. XXVTI, Inscriptions sanscrites du Cambodge, p. 3.
144 JUILLET-AOÛT 1897.
même temps les premières dates du Cambodge se trouvent de même époque que les premières dates incontestées de llnde. Cette coïncidence graphique et chronologique entre les inscriptions du Cam- bodge et les inscriptions indiennes de la région de Bâdâmi d'où paraissait, tout à l'heure, se répandre l'ère Çaka, semble affirmer que c'est bien de ce côté qu'il faut chercher le point de départ de l'usage de cette ère, c'est-à-dire vers la région de Naha- pâna.
Les formules employées par les inscriptions du Cambodge sont, par ordre, jusqu'à SgS : Çaken- dravarsa (n" V, ii); Çakâpda (n° VI, B); Çâka [varsa] (n'' IX , A , 2 ) ; Çakapatisamayâbda (n** X , 8) ; Çakânâm (Kâlah) (n°XU); Çaka (n« XIII). Elles sont donc analogues à celles que nous avons vues em- ployées dans les inscriptions indiennes de la même époque, et, sous le bénéfice des affinités que nous venons de rappeler, paraissent devoir s'interpréter dans le même sens.
Jusqu'ici je n'ai pas eu à parler des inscriptions du nord de l'Inde, je veux dire de la région située entre l'Himalaya et le Vindhya. On doit s'attendre à les trouver là en première date et en plus grand nombre, s'il est vrai que le roi Çaka dont l'inscrip- tion de Bâdâmi, dans l'Inde du sud, rappelle l'abhi- seka royal, soit Kaniska. Il n'en est pas ainsi. Les dates en ère Çaka semblent rares à l'excès dans l'Inde du nord; et de plus, il nous faut descendre au delà de toutes les dates précédentes pour rencon-
NAHAPANA ET L'ÈRE ÇAKA. 145
trer enfin 7 [2 6], date de la seconde praçasti de Baijnâth. La première, de la même époque, porte également une date en ère Çaka , dont le chifiFre est efifacé. La date suivante, 784, que je ne rencontre pas dans la liste de M. Kielhorn, est celle de Im- scription de Deogarh publiée par Gunningham ^ En outre, dans la manière même d'employer cette ère, il y a, entre ces deux inscriptions et celles du sud (et du Cambodge) dont il a été question, une diffé- rence qu'il est utile de remarquer.
En général, dans ces dernières, la date en ère Çaka fait partie du texte même de Tinscription : accompagnée assez souvent de la date du règne per* sonnel du roi, elle ne lest ordinairement d'aucune autre ère; dans l'inscription de 556 l'ère Kaliyuga employée à côté de l'ère Çaka fait une véritable exception. Celle-ci se présente donc avec tous les caractères de l'ère usitée couramment.
Tel n'est pas le cas pour les inscriptions de Baij- nâth et de Deogarh. Pour la seconde praçasti de Baijnâth, c'est en Lokakâla que la date est donnée dans le texte. Dans l'inscription de Deogarh, c'est l'ère Vikrama dont fait usage le texte. Puis, dans les trois inscriptions, à la fin et hors texte, après la déclaration du nom de l'auteur (suivie elle-même de la formule om namaç çivâya) pour la première praçasti, après une clausule de même genre pour la seconde, se présente, con^me surajoutée, la date en
* Arch, Surv, Ind,, t. X, p. 101 et pi. XXXIIl.
X. 10
146 JUILLET-AOÛT 1897.
Çakakâla. Ce n est plus au même degré que tout à i'heure le caractère d*une ère consacrée par Tusago*
VI
L ensemble de ces faits, qui semble contredire une ère Çaka datant de Kaniska, trouve son expli- cation naturelle dans une ère Çaka datant de Naha- pana. 11 me sera facile de montrer, je pense, qu'il en est de même à Tégard de la confusion qui se pro- duisit plus tard sxxr Tévénement d'où naquît cette ère : je veux dire la chute du roi Çaka mise à la place de son sacre.
Varâha Mihira, originaire de l'Avanti (vi* siècle de notre ère) , qui passe pour avoir introduit Tère Çaka dans le comput astronomique, la nonune Ça- kendrakàla, Çakabhûpakâla. Ces expressions sont parfaitement analogues à celles, relevées plus haut, des plus anciennes inscriptions , qui sont du même temps; il ny a donc pas lieu de les expliquer dans un sens différent. Dans le siècle suivant, Brahmagupta regarde Tère comme datant de la fin des Çakas, Ça- kanrpânta : cette manière de voir devient ensuite Tunique, et nous ne pouvons être surpris de la re- trouver au x® siècle chez Bhattotpala, interprétant dans ce sens les expressions citées plus haut de Vi- râha Mihira; plus tard encore, chez Âlbîrûnî et Kal- hana^ Quelle est Torigine de cette confusion.^
' Cf. D' Hultzsch, dans Ind, inti^.^ XIX, p. 261.
NAHAPÂNA ET L»ÈRE ÇAKA. 147
Au point de vue où je me place, elle est, d'abord, dans le peu d'intervadle , je veux dire l'in- tervalle relativement peu considérable à plusieurs siècles dé distance, qui sépare lavènement de Na- hapâna de sa chute : quarante-six ans tiennent peu de place dans la mémoire poptdaire. Mais ce qui dut aider principalement à la méprise, oest que l'usage de Tère Çaka se produisit surtout, nous lavons vu, dans la région des vainqueurs de Naha- pana : admise notre thèse, il était naturel qu'ils substituassent à l'avènement de leur adversaire le jour de leur propre triomphe; n était-il pas, déplus, naturel qu'au Çakanrpatirftjyâbhiseka primitif de Bâdâmi en l'an 5oo se substituassent un jour, et jusque dans ce lieu même, des formules retentis- santes à la gloire de Çâlivâhana. (Çrijayâbhyudaya- çâlivàhanaçakavarsa 1 455 neya, dans une inscription d'Acyutarâya à Bâdâmi. )
La mise en relation du nom de Çâlivâhana avec l'ère Çaka ne peut être saisie que dans des inscrip- tions ou des œuvres littéraires de date assez tardive ; cependant il n'est pas possible de négliger l'indice qu'elle contient, et voici comment, pour ma part, j'en conçois la valeur.
Ce fut l'exaltation de la race des Sâtavâhanas que cette défaite du Çaka Nahapâna. Si, en un sujet comme celui-ci, il n'importait de mettre de côté toute traduction des sentiments, je dirais qu*il y a comme un cri de haine enfin satisfaite et triomphante dans cette expression du n"" 18 Nâsik Khakharâta-
10.
148 JUILLËT^AOÛT I807«
vamsaniravasesakarasa Sâtavâhanakidayasapatitha- panakarasa « il n*a rien laissé de la race du Khakha- rata , il a assuré la gloire de la race de Sâtavâhana ». On comprend du reste qu'il y eût inimitié entre les deux races , à considérer les indices qui nous attes- tent que la domination de Nahapàna s^étendait sur des territoires jadis soumis aux Andhras. L'inscrip- tion n"* 1 Nâsik, antérieure à notre ère^, prouve qu à Tépoque où elle fut gravée le Sâtavâhanakula régnait en ce lieu. Vers ce même temps ^ cette famille royale possédait également Nânâghât. Le Périple nous fournit une indication du même genre. La ville de Kalliena, y est-il dit (S 82), était marché légal au temps de Sâtakani (Saraganês) Tancien. Ce qui semble impliquer que Sâtakani possédait Kal- liena. Or, toutes ces villes se trouvaient comprises dans la région où régnait Nahapàna. Les Ândhras ne pouvaient voir dans sa puissance qu'une menace et comme une insulte. Ce fut, à tout prendre ^ une revanche que la victoire du Sâtavahâna, revanche glorieuse de toute la puissance de l'adversaire, qui dut, à envisager les faits dans leurs suites naturelles, populariser le nom du vainqueiu* ; et l'inscription ne fit sans doute que répéter le jugement exprimé de tous en déclarant que la maison des Sâtavâhanas avait assuré son honneur.
Il était donc naturel que le nom du Sâtavâhana de Pratisthâna — car ce fut là sans doute la capitale
» Cf. i4. S. fV. /., IV, p. 98 : Sâdavâhanakulakanhe râjini. « A. S. W. /., V, p. 71.
NAHAPÂNA ET L'ÈRE ÇAKA. 149
de Gotamîputa, comme celle de son fds Siri Pulu- mâyi (Ptol. , 1. VU) — associé à la défaite^ des Ça- kas, le fût aussi à l'ère qui portait leur nom. Aucun monument daté ne nous indique cette association durant les onze premiers siècles de notre ère ^ : elle demeura donc seulement dans le domaine populaire; l'imagination du peuple entoura le nom du héros de merveilleuses légendes; grâce au penchant remar- quable des récits orientaux k se njêler de noms célèbres, il fallut faire intervenir celui de Vikramâ- ditya, un vainqueur des Çakas, lui aussi, croyait- on, que désignait dès lors une telle similitude d'exploits à figurer dans le souvenir auprès du vain- queur réel, à se mêkr, par suite, à son histoire mise en légendes; il sortit de là un Sâtavahana^ toujours glorieusement vainqueur, non plus des Çakas seulement, mais aussi de leur vainqueur lui- même , et Tère qui portait leur nom fut rattaché au sien jusqu'à parfois recevoir pour point de départ le jour même de sa naissance : de cette relation, il est vrai , le premier témoignage daté que nous pos-
^ Les deux inscriptions de Gurugode, qui mentionnent les pre- mières i*ère de Çâlivâhana (voir la liste de M» Kieihom, op, cit) , sont datées 109 5 et iioS de cette ère.
^ Il ne saurait y avoir de difficulté, je pense, contre Tidentité Sâtavâhana-Çâlavâhana (ou Çâli°). Sur les lèvres des conteurs illettrés et de langue prâcrite, Sâtavâhana devient Sâdavâhana (Sâdi") — cf. p. 1^8, n. 1 — ou Sâdavâhana (Sâdi") puis passe à Sâlavâbana (Sâli°]. C'est la forme, avec le changement de s en ç, où nous le retrouvons dans les monuments écrits. Sur le ç pour le s , voir, par exemple , les remarques de M. Bûhler dans A. S, IV. 1, , V, p. 70.
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sédions ne remonte pas au delà du xn* siècle , mais si nous ^i trouvons dans le passé des germes réels , serait-il juste d*en faire le firuit d^une génération spontanée ?
L existence de ces légendes est du reste bien connue, leur antiquité parait incontestable. Si le Vi- racaritra fait peut-être allusion à deux princes dont le dernier vivait à la fin du x* siècle de notre ère ^, cela, comme le remarque M. Jacobi, ne peut nous empêcher d admettre que nous possédions en lui un vieux récit popidaîre, mis au compte de per» sonnages récents. Le Kâlakâcârya-Kathftnaka, corn* posé au plus tard en \li^8^ nous ofiBre paiement une légende ancienne. Il était difficile de la passer ici sous silence. L arrivée des 96 Çakas en Surâstra, leur prise de possession du pays , puis leur conquête d*Ujjayini, suivie de la fondation d'un empire Çàka que détruit plus tard Vikramâditya, à son tour renversé par im Çaka, fondateur d'ère 1 35 ans après l'établissement de iere Vikrama, ce qui est dit, ajoute lauteur, pour faire connaître Tère Çaka, Saga-kâla-jânan'-attham, tout ce récit ne laisse-t-il pas entrevoir, parmi les fantaisies et les anachro- nisme du conte, le Çaka Nahapâna maître du Su- râstra et de TAvanti et fondateur de l'ère en ques- tion?
Cf. !nd, Stud,, t. XIV : cÇâiivâhana und Çaktiknmarft. » H. Ja- cobi.
* Z, D. M. G,, t. XXXIV, p. 2A7 et suiv. , cdas kâlakAcârya — kathânakam •. Von Ucrmann Jacobi.
nahapAna et L'ère çaka. i5i
Il semble donc que le nom de Çâlivâhana, alorjl qu'il commence d'apparaître dans les inscriptions datées en ère Çaka, ne soit que lexpression plus tardive des souvenirs antiques que conservait la tra- dition. Plus près des faits, celle-ci est d abord exacte avec Tinscription de Bâdâmi. Nous la voyons s'al- térer à partir de Brahmagupta : cependant l'ère Çaka maintient son nom, en vertu de la tradition pri- mitive. Mais à mesure que la légende défigure de plus en plus l'histoire, que le Çaka ne garde qu'im lôle de vaincu qui s'elFace dans la gloire du victo- rieux Çâtavâhana, le nom de ce dernier devient celui de l'ère elle-même : parce qu'il a vaincu Naha- pâna, Çâtavâhana dénomme l'ère, il la dénomme tardivement parce qu'il a fallu que la légende prît le temps d'empiéter assez sur l'histoire pour enlever au nom de l'ère le caractère que les faits y avaient marqué.
Il est bien clair que ce dernier point n'a pas la valeur d'ime preuve absolue; réuni à ceux qui pré- cèdent il leur ajoute, toutefois, et reçoit d'eux cette valeur que se prêtent mutuellement des indices de sortes diverses orientant tous la recherche vers